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North Sentinel : L’île sauvage dont on ne revient pas vivant

Baignée par les eaux turquoises de l’océan Indien, l’île de North Sentinel semble en tout point être un petit paradis. Pourtant, tout visiteur qui a tenté d’y pénétrer n’a pu goûter qu’aux flèches et aux lances de ses occupants. Car l’île est habitée par une tribu qui refuse tout contact avec le monde extérieur. Il s’agit en quelque sorte d’un des derniers coins encore immaculés par notre civilisation.

Située dans le golfe du Bengale, l’île de North Sentinel a une superficie de 72 km² et est officiellement administrée par l’Inde depuis 1947. Toutefois, ce petit bout de terre est le territoire d’une tribu autochtone qui rejette tout contact avec la civilisation moderne. Surnommée « les Sentinelles », elle serait arrivée d’Afrique il y a 60 000 ans et les grandes différences de leur langue avec les autres dialectes de la région montrent qu’elle n’a eu que très peu de contacts avec le monde extérieur. Estimée entre 50 et 200 individus, cette tribu accueille ses visiteurs non pas avec des colliers de fleurs, mais bien avec des flèches. Poser le pied sur cette île, c’est risquer la mort.

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Leur hostilité vis-à-vis des étrangers n’est toutefois pas difficile à comprendre. Comme pour les peuples amérindiens, le monde extérieur ne leur a toujours apporté que de la violence, des maladies et de l’irrespect. Ainsi, en 1879, des colons britanniques sont parvenus à débarquer sur l’île puis à emmener de force un couple âgé et leurs enfants dans la principale ville de l’archipel nommée Port Blair. L’officier colonial responsable de cet enlèvement a écrit peu de temps après que l’ensemble du groupe « tomba malade et que le vieil homme et sa femme moururent. Les quatre enfants furent renvoyés chez eux avec une quantité de cadeaux ». Cet épisode fut très probablement à l’origine d’une épidémie pour les habitants de l’île, du même type que celles qui furent responsables de la quasi-disparition des populations amérindiennes.

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Des Sentinelles sur une plage, vus d’un bateau en 2006. © Christian Caron – Creative Commons A-NC-SA

Depuis, toutes les tentatives de contact se sont soldées par des échecs. En 1896, un forçat qui s’était évadé de sa prison fut retrouvé la gorge tranchée et le corps percé de flèches. En 1974, un réalisateur qui souhaitait tourner un film sur l’île dut rebrousser chemin après avoir reçu une flèche dans la cuisse. En 2004, dans les jours qui suivirent le tsunami qui fit des centaines de milliers de morts, un groupe de secouristes a débarqué sur l’île à l’aide d’un hélicoptère de la Marine indienne. Ils venaient distribuer des vivres et procurer des soins aux survivants des Sentinelles. Or, ils ont vite été accueillis à coup de flèches, signifiant bien le refus de leur présence. Enfin, en 2006, deux pêcheurs ont trouvé la mort après s’être aventurés sur la plage.

Malgré leur isolement, les habitants de l’île semblent en bonne santé et suite aux pressions exercées par plusieurs organisations comme Survival, le gouvernement indien leur reconnait désormais le droit de vivre comme ils le souhaitent, isolés du reste du monde. Les Sentinelles resteraient malgré tout menacés d’extinctions, la présence de braconniers autour de l’île mettant en danger les ressources en poissons et gibier pourtant vitales pour les Sentinelles qui sont tous chasseurs-cueilleurs.


La vidéo ci dessus présente deux tribus dont les Sentinelles en première partie.

Source : Survival