Doit-on autoriser les femmes à prendre congé pendant leurs règles ?

Pour bien des Françaises une fois passé l’adolescence, il est inconcevable de se plaindre d’avoir ses « ours » et de prétexter ne pas pouvoir se concentrer. Les travailleuses sont censées...

Pour bien des Françaises une fois passé l’adolescence, il est inconcevable de se plaindre d’avoir ses « ours » et de prétexter ne pas pouvoir se concentrer. Les travailleuses sont censées prendre un spasfon en cas de douleurs et espérer que ça passe. Ce n’est pas le cas dans plusieurs pays d’Asie, où est instauré un « congé menstruel » pour toutes les femmes réglées. Nous pouvons donc nous demander si ce congé est un pas en avant vers une égalité des sexes en compensant une réelle contrainte, ou bien au contraire s’il s’agit d’une manière de considérer la femme comme étant plus faible. La question est complexe et le débat est vif en Occident.

Au Japon, la loi du congé menstruel est appliquée depuis 1947, soit à la suite de la Seconde Guerre mondiale, où les femmes rejoignaient en masse le monde du travail. À l’époque, les infrastructures sanitaires ne permettaient pas aux femmes de s’occuper de leurs « ragnagnas ». D’après la chercheuse Alice J, cette nouvelle loi autorisant les Japonaises à s’absenter du travail deux jours par mois était « un symbole de l’émancipation des femmes. Elle représentait leur capacité à parler ouvertement de leur corps, et obtenir la reconnaissance sociale de leur rôle en tant que travailleuse ».

Plus récemment, en 2013 à Taïwan, le gouvernement a proposé que les femmes aient droit à trois jours d’arrêt maladie en plus que les hommes chaque année. C’est relativement peu comparé aux Indonésiennes qui ont droit à deux jours de « congé menstruel » par mois. Il semble que cette loi soit cependant peu respectée, puisque certains employeurs n’hésiteraient pas à demander une preuve de bonne foi aux femmes qui souhaitent s’absenter… Bien entendu, cela pousse aussi une partie des femmes à ne pas exiger ce repos.

En Corée du Sud, la loi fût également adoptée, mais très mal reçue de la part des hommes qui voient là une sorte de « discrimination inversée ». En Russie également, un député propose ce projet de loi prétextant qu’« au cours de cette période (de règles), la plupart des femmes éprouvent de l’inconfort psychologique et physiologique. La douleur est souvent si intense qu’il est nécessaire d’appeler une ambulance… une douleur forte peut induire une fatigue accrue, réduit la mémoire et les compétences de travail. » Bien entendu, les féministes russes ont condamné le projet.

Malgré l’application d’une telle loi, il est difficile pour toutes les femmes de demander un congé auprès de leur supérieur en utilisant un tel prétexte. Et si la personne concernée ne ressent pas de gêne à en parler, elle peut passer pour quelqu’un de faible voir feignante. Mais après tout, l’existence des règles ne serait-elle pas un simple complot élaboré par les femmes ?

– Illustration : © kellyreekolibry



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