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« Fuel run » : quand la panique crée la pénurie de carburant

Capture d'écran Mon Essence

Malgré les tentatives du secrétaire d’État aux Transports de rassurer les Français face au risque de pénurie du à la mobilisation face à la loi Travail, l’inquiétude subsiste et comme l’a dit à Reuters le délégué central CGT de Total Raffinage Pétrochimie, Thierry Defresne, « l’objectif est l’arrêt de toutes les raffineries en France. C’est un appel à la grève illimitée. Le but n’est pas de créer la pénurie, c’est d’obtenir le retrait de la loi (Travail) ». On note tout de même que près de 20 % des stations sont à présent touchées totalement ou partiellement (n’hésitez pas à consulter cette carte en temps réel pour vous tenir au courant des avancées). Cela donne lieu à un phénomène de « fuel run » dans les stations-service. 

L’expression « fuel run » qui peut décrire ce qui se produit en ce moment s’inspire de l’expression « bank run ». Le bank run (en français nous parlerions d’une ruée bancaire, d’une panique bancaire ou encore d’une course aux guichets) fait frémir les banques, c’est l’arrivée massive de clients d’une banque pour lui reprendre toutes ses économies. Cela peut faire suivre une annonce sur la faillite d’une banque par exemple. Si la banque centrale ne fournit pas de liquidités aux banques privées décentralisées, cela peut donner lieu à une crise financière. Un exemple notable de bank run pourrait être l’afflux de Chypriotes dans les banques et vers les distributeurs après que le gouvernement ait annoncé une taxe de 6,75 % à 10 % sur les dépôts de banques en 2013. En juin 2015, il n’avait fallu qu’une semaine aux Grecs pour retirer pas moins de 3 milliards d’euros des banques afin d’anticiper un possible contrôle des capitaux, l’exemple de la Grèce est aussi très illustrateur du phénomène. On décrit souvent ce phénomène en lui conférant un caractère de prophétie autoréalisatrice en ce sens que les comportements sont modifiés à tel point que la prophétie qui est crainte devient réalité.

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Affluence plus massive qu’à la normale à une petite station-service de l’agglomération grenobloise.

On peut sans doute se demander quel est le lien entre bank run et fuel run. En fait, il s’agit des mêmes choses, mais le fuel run concerne le carburant. En effet, depuis l’annonce du problème, les Français se ruent vers les stations-service par peur de manquer de carburant. Cette peur quelque peu artificielle est alimentée par les médias qui relaient grassement la nouvelle des blocages, augmentant ainsi le sentiment de panique et d’urgence. Aussi, à l’heure où les blocages persistent, les gens se pressent à des stations qui connaîtront donc fatalement un risque grandissant de rencontrer des difficultés d’approvisionnement à cause de cette affluence. Une autre analogie pouvant être faite est liée aux stocks stratégiques grâce auxquels le gouvernement souhaite rassurer la population sur les faibles chances de pénurie et le fonds de garantie des dépôts qu’ont les banques françaises qui réduisent les risques de crise financière (les clients sont remboursés jusqu’à hauteur de 70 000 euros).

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Et si les réserves se tarissent partout, qu’est-ce qui suivra le fuel run ?