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Le trafic de peaux d’ânes en Afrique, un braconnage discret mais tout autant meurtrier

Crédits : Pixabay / moffi12

Si les éléphants ou encore les rhinocéros sont les victimes connues du braconnage en Afrique, une autre espèce l’est tout autant : l’âne dont la population est tuée pour un trafic illégal de peaux vers la Chine.

C’est une forme de braconnage plus silencieuse, mais tout aussi meurtrière : le braconnage des ânes en Afrique, notamment en Afrique du Sud. Chaque année, ce sont des milliers de spécimens qui sont tués pour leur peau, laquelle est l’objet d’un trafic illégal en direction de la Chine où là encore, on lui prête des vertus dans la médecine traditionnelle.

Ce problème est devenu un fléau depuis environ deux ans. « Les voleurs veulent simplement leurs peaux », explique George Sising, fermier à Mogosani, village sud-africain, relayé par l’AFP. « On n’avait jamais eu ce problème, jusque-là les ânes se promenaient en toute liberté, mais maintenant, on a tous peur de ce qui peut leur arriver », ajoute-t-il.

Pourquoi la peau d’âne est devenue aussi rentable pour les braconniers que la corne de rhinocéros ou la défense d’éléphant ? Parce qu’elle contient de la gélatine utilisée en médecine traditionnelle chinoise pour traiter l’anémie et la ménopause. Appelée « ejiao », elle est consommée en boisson. Quant à la viande d’âne, elle est acheminée dans les restaurants du nord de la Chine. Selon les experts, ce trafic illégal se chiffre déjà en millions de dollars chaque année.

À Mogosani, village pauvre et reculé d’Afrique du Sud, l’âne est indispensable puisque les villageois s’en servent pour acheminer les charrettes dans lesquelles sont chargés les déchets, le sable ou le bois destinés à être vendus. « Les emplois sont rares ici, les ânes sont une source de revenus. Si vous en possédez un, vous pouvez gagner votre vie », explique Ikgopeleng Tsietsoane, 25 ans et propriétaire d’ânes dans le village. L’homme a déjà perdu six de ses neuf bêtes.

En effet, la Chine a vu sa population d’ânes s’écrouler de moitié entre les années 1990 et aujourd’hui tandis que la demande reste élevée. Du côté chinois, on nie bien entendu alimenter ce trafic meurtrier. « Aucune entreprise chinoise n’importe officiellement de peaux d’ânes d’Afrique du Sud », assurait l’ambassade de Chine en janvier dernier.

Pour essayer de stopper ce fléau, les autorités de la province sud-africaine du Nord-Ouest ont entamé des négociations avec la région chinoise du Henan pour mettre en place un accord d’exportation de la peau et de la viande d’âne qui profiterait aux villageois et stopperait le commerce illégal. « Le but est de susciter des opportunités commerciales pour les gens des régions rurales qui possèdent ces animaux », explique Patrick Leteane, responsable des affaires d’agriculture dans la province.

C’est une négociation qui ne passe cependant pas du côté des associations de défense des animaux. « Ces animaux sont tués de façon très cruelle, d’un coup de marteau sur la tête ou d’un coup de poignard », s’indigne Kabelo Nkoane, de l’Unité de protection équine du Highveld qui craint que la situation devienne la même que « celle de la contrebande de rhinocéros ».