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Au Japon, les femmes qui dénoncent les agressions sexuelles font face à de nombreux obstacles

Crédits : capture Youtube / yzjps

Dans le prolongement du mouvement #MeToo, les femmes japonaises ont également tenté de faire entendre leur voix. En revanche, de nombreux obstacles viennent entraver les dénonciations au pays du soleil levant.

Un mouvement peu suivi au Japon

Si dans une grande partie du monde, la parole des femmes a été vivement relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux, le mouvement de contestation et de dénonciation #MeToo semble ne pas prendre au Japon. Un grand nombre de femmes auraient tout simplement peur de parler et se désolidariseraient.

Selon le quotidien nippon Asahi Shimbun, seulement 60 000 tweets ont été publiés dans ce pays en deux mois sur la question des agressions sexuelles suite à l’affaire Weinstein, contre 200 000 #BalanceTonPorc en seulement une semaine en France.

« Vu depuis le Japon, le mouvement #MeToo a été souvent considéré comme quelque chose d’ancré dans le contexte américain : les journaux ont pu mettre en avant ce qui peut être considéré comme des “spécificités” des mouvements féministes américains »,
explique Aline Henninger, post-doctorante à l’Université Paris Diderot.

Une journaliste incarne le mouvement à elle seule

Shiori Ito, une journaliste japonaise, est devenue malgré elle le visage du mouvement #MeToo dans son pays. L’intéressée avait dévoilé au public en octobre 2017 le viol dont elle avait été victime et a même donné le nom du coupable, à savoir Noriyuki Yamaguchi, patron du bureau de la chaîne de télévision japonaise TBS et proche du Premier ministre Shinzo Abe.

La journaliste donnera un grand nombre de détails concernant le viol qui s’est produit à l’hôtel du coupable, après avoir bu un verre ensemble. Le moment où celle-ci a voulu porter plainte provoque également une aberration. En effet, les policiers lui auraient conseillé d’en rester là car ce genre de chose est commune et qu’une enquête serait trop compliquée à mener. Il aura entre autres fallu que la jeune femme participe à une embarrassante reconstitution de la scène avec une poupée gonflable, que les caméras de surveillances de l’hôtel prouvent qu’elle a été droguée.

Le public peu ému, une solidarité très minime

Shiori Ito a également été victime d’un véritable lynchage sur Internet, les utilisateurs lui reprochant d’avoir accepté de boire un verre avec l’homme, sa tenue vestimentaire ou encore le fait que l’intéressée n’a pas pleuré durant la conférence de presse où elle présentait son ouvrage Black Box (voir en fin d’article). Rappelons tout de même que les faits datent de 2015 !

Pour résumer, si le mouvement #MeToo ne décolle pas au Japon, la raison se trouve de toute évidence dans un manque de solidarité de la population et un tabou dans lequel se terrent les femmes, bien qu’une poignée d’entre-elles a tout de même pris la parole. Par ailleurs, les codes sociaux s’en mêlent. En effet, les femmes victimes d’agressions sexuelles au Japon sont considérées comme « impures » et leur vie en société est impactée par une certaine stigmatisation.

Sources : Asahi ShimbunLes InrocksJapan FM