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Charlotte Marchandise-Franquet, la candidate à l’élection présidentielle dont vous n’avez pas entendu parler

Charlotte Marchandise-Franquet

La Primaire.org est la première primaire en ligne. Ouverte et démocratique, elle a permis aux Français de choisir les candidats sans parti politique qu’ils aimeraient voir se présenter aux élections présidentielles de juin 2017. Le système d’élection de cette primaire est basé sur le jugement majoritaire, ce qui signifie que les votants ont dû attribuer une mention aux candidats parmi les suivantes : Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable et Insuffisant. Parmi les douze candidats qui avaient été sélectionnés pour le premier tour, cinq se sont rendus au second tour.

Élue le 31 décembre 2016, la gagnante de cette élection citoyenne s’appelle Charlotte Marchandise-Franquet et a été élue avec une majorité de mentions Très Bien. CitizenPost a eu la chance de s’entretenir avec elle pour comprendre ses idées et ses motivations.

L’entretien :

Citizenpost : Expliquez-nous pourquoi vous souhaitez être candidate à la prochaine élection présidentielle ?

Charlotte Marchandise-Franquet : C’est un peu paradoxal, je ne souhaitais pas particulièrement l’être. Je ne me suis pas levée un matin en me disant « Tiens, je vais être présidente ». Cela réside plutôt dans le fait que depuis des années, j’en ai marre de regarder la classe politique en me désespérant, en me disant que je vais encore voter pour le moins pire. J’étais militante, mais pas impliquée dans la vie politique jusqu’en 2014 où on m’a proposé de rejoindre une liste en tant que société civile. C’est ainsi que j’ai vraiment découvert que les citoyens, sans appartenir à un parti, pouvaient participer de façon assez directe à la vie politique. Je me suis dit que ça permettrait de porter ce genre d’initiative au nationalement et de sortir des grands partis. Quand j’ai vu le site, il y avait 200 hommes et seulement 8 femmes. En tant que Française, […] j’ai pris mes responsabilités. Ça a été vraiment ça le départ et c’est ce qu’on continue à faire : se dire de ne plus voter contre, de ne plus dire qu’on en a marre des politiques, qu’ils ne nous écoutent pas et qu’ils ne sont pas proches de nous. Pour cela, il faut que nous prenions nos responsabilités. C’est vraiment l’objectif de ma candidature et le message que l’on veut faire passer : engagez-vous aux législatives, engagez-vous aux municipales et reprenons notre pouvoir citoyen.

Lorsque vous dites « on », à qui faites-vous référence ?

Je représente un collectif d’une centaine de personnes qui travaillent sur la campagne de près ou de loin. Il y a une vingtaine d’anciens candidats de la primaire qui m’ont rejointe. Je suis porte-parole d’un mouvement, d’un collectif.

Présentez-nous en quelques mots les principaux axes de votre programme ?

Plus qu’un programme, on propose un projet de société. Pour nous, c’était important de voir d’abord dans quelle société on veut vivre et quelles valeurs nous relient avant de rentrer dans des mesures. Valeurs qui sont donc l’humanisme, la justice sociale et la paix à partir desquelles on a trouvé les différents axes.

Le premier est la démocratie. Au départ je voulais faire campagne uniquement sur cette question démocratique puisque le système politique actuel, la constitution, le président dans un palais… sont des choses adaptées au siècle dernier. Cela nous parait la première chose à changer pour avoir une démocratie plus directe et délibérative où les citoyens peuvent interagir plus souvent que tous les cinq ans par un vote […]. L’idée est d’appeler une Assemblée constituante et de réécrire une constitution avec tout le monde. On s’est donné deux ans pour que tout le monde puisse participer, y compris les gens éloignés de la question politique. Une constitution doit être compréhensible par l’ensemble des personnes de ce pays.

Par la suite, on crée un gouvernement de transition pendant ces deux ans, chargé de trois autres grands axes. Celui d’une société du bien vivre qui va avec l’appel d’Edgar Morin « Changeons de voie, changeons de vie » pour dire que ce qui nous intéresse en premier lieu c’est l’éducation, la santé, la justice et une société dans laquelle les inégalités ne sont pas creusées systématiquement. Être attentif à ces questions-là, permettre que les gens vivent bien et dignement en France avec comme mesure phare un revenu universel. Un revenu universel dans un projet de société qui est travaillé avec les questions du logement, de l’éducation, du travail et de l’engagement. Il est toutefois important de souligner que notre projet est différent de celui de Nathalie Kosciusko-Morizet ou de Benoît Hamon.

Un autre grand axe concerne les transitions. On insiste pour parler des transitions : la transition écologique, la transition énergétique et la transition économique qui vont ensemble. La transition écologique, le climat, est une chance. Les associations parlent d’un milliard d’emplois crées internationalement et un million d’emplois en France selon le scénario négaWatt. Cela va relocaliser l’économie, sortir du pétrole… Ce qui veut dire couper les vivres à des pays dictatoriaux qui financent les terroristes et être plus résiliant si les banques s’effondrent et […] face aux crises financières. Il s’agit d’avoir une politique alignée, cohérente au niveau des territoires, de permettre à des agriculteurs de vivre et à des gens de voir ce qu’ils achètent et de l’acheter moins cher. Permettre à tout le monde d’avoir plus de garanties de pouvoir continuer à être approvisionné en cas grandes crises financières, pétrolières ou climatiques.

Le dernier grand axe est la politique internationale avec une Europe Démocratique. Je suis convaincue qu’on est tout à fait en position de force pour aller recréer une Europe des peuples qui réponde non pas à un projet gestionnaire, mais à son projet politique en poussant pour avoir des listes transfrontalières pour les élections européennes, pour une Europe qui nous rassemble avec une défense et un service de renseignement européen. Au niveau international, c’est une politique de paix, ce qui implique d’arrêter de vendre des armes à des dictateurs, d’avoir une politique de solidarité internationale alignée et une politique de respect des paix avec lesquels on travaille […].

Pouvez-vous nous donner quelques exemples de mesures ?

La toute première est celle de l’Assemblée constituante pour démarrer cette lancée démocratique qui serait financée par la réserve parlementaire sur deux ans avec des assemblées locales. Ensuite, on arrête la politique d’austérité des services publics au niveau des collectivités. Une autre mesure serait de réorienter 1,6 milliard d’euros par an de la politique agricole commune vers la restauration collective, ce qui permettra aux villes d’acheter des produits locaux issus d’une agriculture durable. On supprime le CICE pour le redistribuer à la banque publique d’investissements pour le financement des entreprises de l’économie solidaire et en aides directes conditionnées par la création d’emplois.

Vous parlez beaucoup de redonner la parole aux citoyens, mais vous comment avez construit votre programme ?

Ce n’est pas juste le mien, c’est un programme collectif. J’ai été critiquée par les autres candidats au début, car je n’avais pas de programme, mais justement je ne prétendais pas faire ça toute seule. L’idée c’était d’interroger des collectifs qui ont déjà travaillé sur des propositions et non que ce soit toujours les mêmes personnes cultivées et connectées qui donnent leurs avis sur une plateforme. Au moment des présidentielles, des associations et des professionnels font leurs propositions aux candidats. Notre responsabilité est d’aller chercher ces propositions construites par la société civile, que ce soit celles des états généraux de la recherche […] ou les associations de solidarité. Puis, on intègre toutes ces propositions dans notre programme en privilégiant toujours celles qui sont coconstruites. Par exemple, on a consulté ATD Quart Monde qui travaille avec les personnes les plus fragiles et qui a fait le travail de proximité pour consulter les citoyens dont les citoyens les plus concernés.

Face au manque de confiance des Français envers les politiques et les partis, comment allez-vous leur redonner envie de participer à la vie politique ?

89 % des gens pensent que les politiques ne s’intéressent pas à eux. Tout l’enjeu est de se faire connaître, car pour l’instant je ne suis pas très connue. C’est de pouvoir raconter cette nouvelle histoire politique, montrer qu’un futur souhaitable est possible, que de faire de la politique sans les grands partis c’est possible, que tous les citoyens sont coresponsables et peuvent être acteurs de la politique. Ça marchera plus ou moins pour cette élection, en revanche, on y travaille pour les législatives pour que des candidats citoyens soient dans toutes les circonscriptions pour porter ce message. Je pense qu’on ne fera plus jamais de la politique comme avant. C’est en train de changer et ma candidature fait partie de tout un processus de changement du rapport au pouvoir.

Comment est financée votre campagne ? 

C’est un appel aux dons. Nous avons levé assez de fonds pour le premier mois, mais pas pour février alors il faudrait que ça vienne ! C’est déductible des impôts parce qu’on est un parti politique éphémère qui s’autodissout dans deux ans pour que ça ne devienne pas un jeu politicien. Il faut qu’on continue les appels aux dons. Plus on se montrera, plus on pourra instaurer de la confiance et avoir des dons. Quand on aura les 500 signatures, les gens y croiront plus […]. On voudrait avoir 400 000 euros. Ce sera la campagne la moins chère, mais on a fait un prévisionnel qui permet de faire une belle campagne.

Où en êtes-vous avec les 500 signatures à obtenir ? 

On en a une vingtaine sûres, on a des promesses qu’on est en train de travailler et surtout le 26 janvier on envoie le communiqué de presse qui est un appel au parrainage des maires. On envoie le kit à tous nos volontaires pour qu’ils puissent aller démarcher leurs élus et on va voir ce qui retombe de ça.

Si vous ne les obtenez pas quels sont vos projets ?

On continuera à mobiliser pour les législatives citoyennes, mais je ne me présenterai pas. Je profite de ma petite notoriété du moment de la primaire pour inviter les gens à s’unir sur chaque circonscription.

Pour soutenir Charlotte Marchandise-Franquet, c’est sur son site ici.

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Charlotte Marchandise-Franquet, la candidate à l’élection présidentielle dont vous n’avez pas entendu parler
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