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Ab absurdo : quand la BD, l’actualité et Internet se rencontrent

Après avoir rencontré un certain succès sur les réseaux sociaux grâce à son format strip, la bande dessinée Ab Absurdo est sortie dans les kiosques il y a pratiquement un an. Associant humour décapant et dessins minimalistes, cette œuvre qui se poursuit toujours sur Internet est pourtant le fruit du travail d’un auteur ne sachant pas vraiment dessiner. Absurde ? Oui et alors ?

Lorsque l’on navigue sur Facebook, notre mur général est souvent truffé de publications ne provenant pas de nos contacts. On y trouve aussi des « suggestions » ou d’autres « publications sponsorisées », ce qui, disons-le, peut souvent se montrer agaçant. Le fait est que de temps en temps, il est possible d’être agréablement surpris et c’est justement le cas d’une BD toute simple composée d’épisodes courts postés à intervalles réguliers.

Cette BD est présente sur une page Facebook nommée En Attendant La Fin Du Monde (près de 40 000 abonnés) et a été baptisée Ab absurdo par son créateur, le Belge Marc Dubuisson. Absurdité, humour, minimalisme, actualité et langage direct sont les composants de cette œuvre se situant à des années-lumière des classiques de la BD belge tels que Les Aventures de Tintin (Hergé), Les Schtroumpfs (Peyo) ou encore Gaston Lagaffe (Franquin).

D’ailleurs, Marc Dubuisson déclare se revendiquer « davantage de l’école Audiard/Kaamelott que des classiques de la bande dessinée » et pour cause, le dessin, ce n’est pas vraiment son truc. Tout est plus clair lorsque l’intéressé explique :

« Je me considère plus comme scénariste que comme dessinateur. Avec l’expérience, j’ai remarqué qu’on pouvait très bien raconter une histoire avec peu d’artifices et un minimum d’expressions, car finalement, le lecteur extrapole inconsciemment tout le reste et seuls le récit ou la chute importent. »

Une BD aussi minimaliste en format strip rectangulaire dans laquelle les personnages sont de simples « bonshommes bâtons » et en l’absence quasi totale de décor n’aurait sur le papier pas grand-chose pour séduire. Et pourtant, c’est tout l’inverse ! En quatre vignettes seulement, Marc Dubuisson raconte une histoire, suscite le rire et aborde à sa façon certains sujets d’actualité ou absurde parfois assez sensibles.

Lorsque l’on interroge l’auteur sur le langage employé parfois direct (pour ne pas dire cru) de ses personnages, ce dernier indique que cela était déjà le cas avec son premier livre La Nostalgie de Dieu (2013), une trilogie dans laquelle les bonhommes bâtons étaient déjà présents. En effet, cette manière de faire s’exprimer les personnages donne plus de réalisme, car les répliques ont été pensées pour être dites à haute voix et cela n’est pas un hasard si l’ouvrage en question a été adapté au théâtre en conservant 95 % des dialogues d’origine.

Au départ, les strips de Marc Dubuisson se concentraient sur l’absurde et seulement l’absurde. Le projet démarré il y a plus de deux ans s’est par la suite enrichi de strips d’actualité, ce qui a sûrement contribué à son succès sur la toile et conduit à la parution d’un premier ouvrage en décembre 2016 logiquement intitulé Ab absurdo. Les sujets sont assez variés, mais le monde politique (notamment français) tient une place de choix où l’on retrouve les frasques de Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou encore celles du dictateur nord-coréen Kim Jong-un et du controversé président américain Donald Trump. Au vu des dialogues, malgré le fait que l’humour soit plus que jamais présent, une pointe de subjectivité est notable.

« Mes strips ont pour but de mettre le doigt sur les choses qui ne vont pas, sur les choses absurdes, mais ça s’arrête là. Je montre les problèmes, mais je n’ai pas l’ambition de les régler. Susciter le débat, c’est déjà tracer un chemin. Je préfère laisser les gens de terrain amener des solutions légitimes et pragmatiques. J’essaie au maximum de ne pas être moralisateur.

Je veux faire rire, réfléchir, mais pas imposer mon opinion, d’autant que celle-ci a tendance à évoluer au fil de mes lectures, de mes rencontres et c’est justement ça qui est intéressant », explique Marc Dubuisson.

Depuis l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, celui-ci est très présent dans Ab absurdo. En effet, si la relation houleuse avec la Corée du Nord et son dirigeant Kim Jong-Un, appelé « Commandant suprême » par ses sbires dans la BD revient régulièrement, le climato-scepticisme de Donald Trump, le retrait des Accords de Paris des États-Unis ou encore l’éjection de l’ancien patron du FBI sont également passés sous la plume de Marc Dubuisson.

« Trump à la tête de la plus grande puissance mondiale est effectivement une pure absurdité », indique l’auteur, « C’est comme regarder un enfant donner son avis sur le monde sans aucun filtre, mais avec la haine en plus. »

Enfin, certains strips de Marc Dubuisson ont fait l’objet de demandes d’autorisation de la part d’associations militantes qui voulaient réutiliser certaines planches. Selon l’intéressé, il s’agit « en général de petites structures féministes, de protection des étrangers ou altermondialistes ».

Ab absurdo, dont le Tome 2 arrivera le 26 octobre 2017, est un cocktail détonnant dans lequel se mélangent simplicité, réalisme, humour et, disons-le, pessimisme pour un résultat qui ne peut laisser indifférent. L’essayer c’est l’adopter et même si pour certains, cela s’avère être absurde !

Ab absurdo : quand la BD, l’actualité et Internet se rencontrent
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