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L’huile de palme durable mérite-t-elle vraiment cette appellation ?

production usine huile de palme
Exploitation d'huile de palme en Malaisie. Crédits : Flickr / Marufish

Ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions ? Si tel est le cas, alors l’huile de palme estampillée durable en est une très bonne illustration. Depuis quelques années maintenant, les préoccupations écologiques autour des désastres causés par la production de cet or liquide prennent de l’ampleur. En réaction, les industries qui en utilisent tentent de réagir, mais il s’avère qu’ambitions économiques et écologiques ne font pas bon ménage.  

Une production durable, vraiment ?

Dentifrice, gâteaux salés et sucrés, glaces et bien sûr pâtes à tartiner : ce n’est plus un secret, l’huile de palme est partout. Au fil des années, les scandales relatifs à la culture des palmiers à huile se sont accumulés. Notons à ce sujet la déforestation à outrance, le déplacement de populations locales ou encore la destruction de l’habitat des Orangs-outans. Afin de réagir à cette situation, l’ONG Roundtable on Sustainable Palm Oil (ou RSPO pour Table ronde pour une huile de palme durable) a été créée en 2004 par des multinationales, des banques, des producteurs d’huile de palme et des ONG comme WWF. Elle compte aujourd’hui plus d’un millier de membres.

  • Quel est le rôle du RSPO ?

Les discussions ont amené à la création d’un cahier des charges et de labels censés certifier un certain degré d’engagement. Leur but est de lutter contre la déforestation et l’exploitation des travailleurs. Il en existe trois :

  • RSPO Segregated assure un respect total des règles rédigées par le RSPO
  • RSPO Mass Balance et certifie utiliser en partie de l’huile de palme dite durable
  • Green Palm témoigne simplement du fait que l’entreprise a versé une contribution financière au RSPO.

Dans le cas du dernier label, le souci – souligné par de nombreuses associations – est que des entreprises peuvent donc apposer un logo vert sur leurs produits proposés à la vente, sans pour autant utiliser d’huile de palme issue d’une culture durable.

huile de palme
Crédits : Flickr/oneVillage Initiative

Un leurre pour les consommateurs

Malheureusement, il s’avère que cette initiative tout à fait louable se révèle parfois aussi dommageable que les plantations classiques. C’est le cas en termes de droit des travailleurs et de respect de la biodiversité. À ce sujet, Greenpeace fait état d’un résultat en « demi-teinte », critiquant à juste titre le fait que ce sont les principaux acteurs du problème qui proposent leurs solutions et dictent leurs règles. Et encore faudrait-il que ces dernières soient assez efficaces…

  • Qu’en est-il du respect des travailleurs ? 

« L’adhésion au RSPO et les déclarations officielles ne doivent et ne peuvent pas être présentées comme des preuves du respect des droits fondamentaux des travailleurs »

Tel est l’un des avis exprimés dans un rapport très complet d’Amnesty International datant de 2016, qui a évoqué la précarité et les risques pour la santé des emplois au sein de certaines exploitations de palmiers à huile. Les travailleurs y manipulent en effet des herbicides puissants, le tout avec peu de précautions. Le document fait aussi état de discriminations, et dénonce (en Indonésie) les nombreuses lacunes des lois sur le travail, par exemple concernant le travail des enfants.

  • Un vrai bénéfice pour l’environnement ? 

Pour ce qui est de la biodiversité, le bilan n’est pas forcément meilleur en raison des zones de flou du cahier des charges. Si celui-ci protège les forêts primaires, les forêts secondaires – c’est-à-dire initialement détruites puis ayant repoussé – ne sont pas à l’abri d’être remplacées par des plantations de palmiers à huile. Et bien sûr cela implique de nombreux rejets de CO2. Au souci de tomber d’accord sur une réglementation claire s’ajoute donc la difficulté de produire une huile de palme qui serait véritablement « durable ».

Au vu de l’omniprésence de cette substance dans notre quotidien et du nombre d’emplois qui dépendent de cette industrie, il semble difficile de freiner la production mondiale. Il faudrait toutefois que les membres du RSPO décident d’agir plus fermement, pour que leur label respecte et illustre dans les faits une volonté manifeste de protéger l’environnement plus durablement.

Sources : ReporterreNouvel Obs

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