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Cinéma : pourquoi les phénomènes paranormaux attisent-ils autant la curiosité ?

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Dans des sociétés en quête de sens, le surnaturel passionne universitaires et chercheurs de fantômes. En témoignent le succès des chaînes YouTube consacrées au phénomène, ou encore celui du film Paranormal Investigation, qui caracole en tête des films les plus vus sur Netflix depuis plusieurs semaines et dont on attend fébrilement les futurs épisodes.

Esprit, es-tu là ? Aussi incongru que cela puisse paraître, un Français sur deux croit aux fantômes et autres esprits venus de l’au-delà. Selon une étude réalisée en 2014, 46% des hommes et même 53% des femmes seraient ainsi persuadés que des fantômes rôdent dans les maisons. Une proportion qui atteint 70% chez les personnes se disant superstitieuses, 15% de ces mêmes individus affirmant s’être déjà trouvés en présence d’un fantôme. Enfin, un Français sur dix visitant une nouvelle maison se poserait la question des morts éventuellement survenues dans le bien immobilier qu’il convoite, et trois femmes sur dix se disent prêtes à déménager ou à faire appel à un exorciste si elles croisent un esprit dans leur habitation.

Quand les universitaires se penchent sur le paranormal

À l’heure où des fêtes comme Halloween deviennent de plus en plus populaires hors du monde anglo-saxon, faut-il se moquer de ces croyances et superstitions ? Au lieu de déconstruire ces phénomènes paranormaux, de plus en plus de scientifiques et de chercheurs tentent, au contraire, d’analyser ce qu’ils disent de nous et de nos sociétés post-modernes. Pour l’universitaire canadien Noah Morritt, dont les recherches portent sur nos réactions face au paranormal, la popularité grandissante de ces croyances démontre ainsi « l’importance des traditions et la recherche de sens dans le monde dans lequel nous vivons ».

« Doit-on rejeter certaines expériences parce qu’elles sont étranges et extraordinaires ?, s’interroge encore M. Morrit. Je ne le crois pas. Nous devons (au contraire) nous interroger de façon sérieuse et critique », comme cela était le cas dans l’Europe de la fin du XIXe siècle. Le professeur Christopher Keep rappelle ainsi qu’à cette époque « il était possible d’explorer de façon professionnelle autant les questions sérieuses que surnaturelles ». Des universités américaines, mais aussi de nombreuses sociétés savantes se penchaient alors sur ces phénomènes inexpliqués, comme l’American Society for Psychical Research, fondée à New York en 1885.

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Crédits : George Hodan-Publicdomainpictures

Tombée en disgrâce au cours du siècle dernier, l’étude des phénomènes paranormaux suscite de nouveau l’intérêt des milieux universitaires et scientifiques. Mais il s’agit moins pour les chercheurs contemporains de démontrer la véracité ou l’inanité de ces croyances que d’explorer ce qu’elles disent de nous : les phénomènes surnaturels « sont très révélateurs de notre nature, explique le docteur en histoire Christopher Laursen. Ils dévoilent des zones grises, où s’entrecroisent religion, science, culture et conscience ».

Le recul de la religion « a mené au retour du monde enchanté en Occident », abonde Paul Kingsbury, professeur au département de géographie à l’Université canadienne Simon Fraser, comme le démontre le succès du yoga, du new age ou du bouddhisme, mais aussi celui des livres et films de fantasy, tels qu’Harry Potter ou Game of Thrones. En quête de sens, « les gens se tournent vers la spiritualité pour comprendre le monde et la place qu’ils y occupent », confirme l’anthropologue Kathryn Denning, de l’Université York.

Tous plus ou moins sensibles au surnaturel

Si le monde universitaire dissèque avec la rigueur scientifique qui le caractérise des phénomènes a priori irrationnels, faut-il pour autant jeter aux orties les expériences et travaux menés par des chasseurs de fantômes amateurs ? Au contraire, pense Noah Morritt, selon qui ces derniers « font évoluer les choses et nous devancent sur bien des plans ». En effet, l’image de doux illuminés traquant les esprits a fait long feu, chacun d’entre nous étant en réalité plus ou moins attiré par le surnaturel. Aux États-Unis, les trois quarts de la population croient ainsi aux phénomènes paranormaux, qu’il s’agisse de la télépathie, du spiritisme, de la voyance, de la précognition ou de l’astrologie.

Et il n’y a rien de…surnaturel à cela. Il s’agirait même – tout bêtement – d’une question d’équilibre entre nos deux hémisphères cérébraux : selon que l’hémisphère gauche, qui gère le langage et la logique, ou le droit, à qui l’on doit la créativité et l’imagination, domine l’autre, nous serions plus ou moins amenés à privilégier une vision rationnelle ou intuitive du monde qui nous entoure. Et à accorder du crédit aux illusions créées par notre cerveau comme la paréidolie, ou notre tendance naturelle à discerner des visages dans les objets qui nous entourent. Il y a aussi l’illusion de corrélation, qui consiste à opérer des liens entre des phénomènes qui n’en ont pas. Ou encore le dispositif de détection d’agentivité, cette tendance, si humaine, à rechercher des causes à ce que nous voyons…

Internet, un terreau favorable

Si les chasseurs de fantômes ont tout le temps existé, l’explosion d’Internet leur a ouvert un nouveau champ d’investigation…et une audience démultipliée. Ces Ghostbuster 2.0 « utilisent ainsi des plateformes telles que YouTube comme lieu où déposer leurs ”preuves”, mêlant les genres entre sciences et pseudosciences, s’employant à noyer les frontières entre réalité et fiction, scepticisme et crédulité », analyse dans Sud Ouest le maître de conférences en psychologie Renaud Evrard. Et cela fonctionne : en témoigne le succès de chaînes YouTube comme celle de ce Chasseur de fantômes français, suivie par plus de 160 000 abonnés. « La relation intime qui se crée entre le YouTubeur et son public (semble) rendre finalement secondaire la nécessité de la preuve, poursuit M. Evrard. Ce contrat implicite renforce l’adhésion des spectateurs ».

Paranormal Investigation, carton plein pour Netflix

Le beau parcours du film Paranormal Investigation, classé parmi “les plus gros succès” de la plateforme Netflix, est lui aussi révélateur de cette tendance. Equipé de plusieurs caméras, le héros, Andrei, traque les esprits dans une maison hantée, le spectateur suivant son angoissante enquête pas à pas… « Je joue avec les fantasmes du public et avec ses peurs infantiles », confesse de bonne grâce le réalisateur Franck Phelizon. Un détail, cependant, retient l’attention : au début du film, un panneau indique qu’il s’agit de la neuvième enquête du chasseur de fantômes Andrei. Le réalisateur Franck Phelizon et Netflix travailleraient-ils sur une série reprenant les huit enquêtes précédentes ? On l’espère… en frissonnant.

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