En politique, les femmes sont-elles des hommes comme les autres ?

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Longtemps reléguées dans l’ombre de leurs homologues masculins, les femmes politiques sont de plus en plus jugées à l’aulne de leurs compétences, ou de leur incompétence — et non plus au seul regard de leur genre. Dariga Nazarbaïeva, Sanna Marin, Isabel dos Santos, Ekaterini Sakellaropoulou… : passage en revue de ces femmes de pouvoir, des « hommes politiques » finalement comme les autres.

« La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente », écrivait dans les pages du Monde de 1983 la journaliste Françoise Giroud. Longtemps en effet, l’accession d’une femme à un poste de pouvoir n’a accordé, dans la perception et le jugement de leurs contemporains, que peu de place à la nuance — cette dernière étant, de fait, un privilège masculin.

On dessinait alors de ces femmes des portraits systématiquement panégyriques ou calomnieux, dithyrambiques ou médisants. En somme, une femme de pouvoir était soit adorée, soit haïe, l’émotion accordant peu de place à la raison.

L’émergence des femmes de pouvoir

Pourtant les figures politiques féminines constellent l’histoire européenne : Marie de Médicis, Louise de Savoie, Marie-Antoinette, Marie Tudor, Élisabeth d’Angleterre, Jeanne d’Arc… Comme l’a brillamment démontré dans La Femme au temps des cathédrales (1982) l’historienne Régine Pernoud, les femmes de pouvoir furent nombreuses au cours de la Renaissance et surtout au Moyen-Âge.

Mais toutes ces femmes, parfois plus puissantes que bien des hommes de leur époque, étaient jugées par leurs contemporains à l’aulne de critères émotionnels. Portées aux nues par les uns, jetées aux gémonies par les autres, elles ne bénéficiaient pas de la nuance et de la mansuétude dont jouissaient les hommes.

Il faudra attendre la fin du XIXe siècle, au cours duquel la femme, renvoyée selon Régine Pernoud au statut de « perpétuelle mineure », est largement exclue du pouvoir, pour qu’émergent à nouveau au sein de nos sociétés démocratiques des figures de femmes puissantes.

La participation des femmes aux prises de décision politiques ne cesse en effet d’augmenter, comme en témoigne la dernière édition de la carte biennale des femmes en politique de l’Union interparlementaire (UIP) et ONU-Femmes.

La part des femmes ministres atteint aujourd’hui 20,7 %, soit 2,4 points de plus qu’en 2017. Celle des femmes présidentes de parlement a également augmenté et atteint désormais 19,7 %. « Une représentation égale aux postes gouvernementaux est fondamentale pour qu’une démocratie soit véritablement représentative et efficace », argumente la présidente de l’UIP, Gabriela Cuevas Barron.

Louées ou critiquées pour leurs actions, pas pour leur genre

« Lorsque davantage de femmes participent à la vie politique, les décisions sont plus inclusives et la perception qu’a le public de ce à quoi ressemble un dirigeant peut changer » abonde Phumzile Mlambo-Ngcuka, la directrice d’ONU-Femmes. De fait, depuis plusieurs dizaines d’années, la montée en puissance des femmes dans les sphères de pouvoir redistribue les cartes. L’image des femmes politiques se « normalise » au fil du temps.

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Angela Merkel. Crédits : fantareis / Pixabay

À l’instar de leurs homologues masculins, c’est désormais leur compétence — ou leur incompétence — qui détermine leur perception par l’opinion publique, au détriment de critères plus subjectifs ou passionnels. Les femmes sont, de plus en plus, considérées comme des hommes politiques comme les autres : charismatiques ou technocrates, honnêtes ou corrompues, fidèles à leurs promesses ou pas, etc.

Parmi ces figures émergentes, citons, du « bon » côté Dariga Nazarbaïeva, la présidente du Sénat kazakh et, de ce fait, numéro 2 du pays d’Asie centrale. La cinquantenaire, docteure en Sciences politiques, a fait ses classes dans le monde des affaires. Ayant peu à peu gravi les échelons du parlement kazakh à la force du poignet, Dariga s’impose depuis un an comme l’une des figures politiques les plus populaires de son pays. Depuis le Sénat, elle accompagne notamment des programmes innovants, comme l’idée d’un programme d’agro-business réunissant les agriculteurs, les scientifiques et les universitaires, ou la mise en place de tables rondes sur les sujets du stress hydrique.

Encore plus précoce, la nouvelle première ministre finlandaise, Sanna Marin, a coiffé au poteau tous ses concurrents en accédant, le 10 décembre dernier, au plus haut poste politique de son pays. À seulement 34 ans ! Issue d’un milieu modeste, élevée par deux mères, Sanna Marin peut s’enorgueillir d’être, dans le monde entier, la plus jeune cheffe d’État et d’avoir nommé le seul gouvernement comptant plus de femmes que d’hommes.

D’autres femmes politiques, en revanche, brillent par leur propension à s’attirer des ennuis et critiques habituellement réservés aux hommes. À l’image d’Isabel dos Santos, fille d’un ancien président — José Eduardo dos Santos, ex-chef d’État angolais —, qui est aujourd’hui suspectée par la justice de son pays d’avoir détourné des sommes colossales des caisses publiques. À la tête d’une fortune estimée à 2 milliards de dollars, celle qui a fui son pays et vit désormais entre Dubaï et le Portugal aurait bénéficié de largesses accordées par son père lorsque celui-ci était au pouvoir. Elle dénonce une « chasse aux sorcières » – là où certains dénoncent une utilisation très personnelle du pouvoir de la famille Dos Santos, et l’utilisation de lois pour renforcer leurs avantages économiques.

Quant à la nouvelle présidente grecque — un poste essentiellement honorifique —, Ekaterini Sakellaropoulou, si elle est la première femme à occuper un tel poste à Athènes, est dans la presse hellène vertement critiquée pour avoir soutenu, par le passé, un projet d’investissement controversé d’une compagnie minière canadienne dans le nord de la Grèce.

Brillantes ou controversées, les femmes politiques deviennent finalement, des hommes politiques comme les autres.

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