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La ville de plus en plus anti-SDF ?

Repousser des centres-ville un type de population démuni vers des zones encore moins accueillantes, tel est le but de tout équipement urbain adéquat. Il s’agit ici d’une forme de violence à l’encontre des personnes sans domicile fixe maquillée en design urbain dont les demandeurs semblent indifférents à la détresse humaine incarnée par l’ultime précarité.

L’équipement urbain discriminant les SDF est matérialisé par les excroissances urbaines, un genre de mobilier urbain empêchant tout « squat » de l’espace par dissuasion préalable. Un phénomène qui a retenu l’attention d’Arnaud Elfort, artiste plasticien qui immortalise ce type de pratique depuis quelques années à Paris, mais aussi au Brésil. En effet, ses archives photographiques sont un véritable inventaire de toutes les astuces qu’ont imaginé les copropriétés, commerçants et autres pouvoirs publics. Pics, plans inclinés, barrières métalliques, cailloux apparents et bien d’autres sont des moyens efficaces afin de rendre inconfortable l’occupation prolongée d’un espace.

« Ces dispositifs anti-SDF sont apparus il y a une dizaine d’années dans le métro, quand les bancs ont été remplacés par des sièges individuels. Aujourd’hui, on en compte des centaines, de formes très variées, dans tout Paris », constate Arnaud Elfort à propos des excroissances urbaines. Selon l’artiste, les villes européennes ont repris l’exemple de la ville de New York quant à ces aménagements de l’espace urbain public.

Des militants sont néanmoins déterminés à lutter pour une « dérigidification » de la ville par des actions qui visent à modifier ces excroissances urbaines pour les rendre à nouveau fréquentables. Avec tout l’humour que l’on peut accorder à cette action, il s’agit de mettre en évidence d’une part le ridicule de ces actions anti-SDF, et leur extrême agressivité d’autre part, plus ou moins explicites suivant les cas. Ces hackers de l’espace public pensent que le piratage peut ne pas être seulement virtuel et se mettre au service des populations dans le besoin : « J’ai compris que l’esprit du hacker était vraiment, aujourd’hui, une contreculture efficace sur Internet, et qu’on pouvait la réutiliser dans la ville », témoigne Florian Rivière, ex-étudiant en école de commerce et militant actif.

Jusqu’où repousserons-nous les SDF ? Les centres-ville font tout ce qu’ils peuvent pour éloigner les indésirables sans-logis, cependant la ville demeure l’endroit où cette population trouve refuge et peut survivre malgré la stigmatisation à outrance. Qu’en serait-il en milieu rural ? Que dire des bâtiments hébergeant des centaines de logements inoccupés, contribuant notamment à une certaine spéculation foncière des centres urbains ? Une politique d’insertion des SDF et de retour à une vie décente serait bienvenue, mais face au monstre « croissance économique » cela parait peu probable.

Voici une vidéo de Gilles Paté et Stéphane Arguillet datant de 2003 intitulée « Le repos du Fakir ».

Sources : Arte UrbaNews Tracks Archives photo d’Arnaud Elfort