COP16 : La désertification en Europe, une menace réelle et grandissante

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La désertification n’est pas qu’un problème lointain affectant les régions arides de la planète. En Europe, le phénomène s’intensifie et met en danger des millions d’hectares de terres agricoles, avec des conséquences graves sur l’environnement, l’économie et les populations. Alors que la COP16 sur la lutte contre la désertification se tient à Riyad (Arabie saoudite), il est essentiel de comprendre pourquoi ce défi mondial concerne aussi directement notre continent.

L’Europe face à la désertification : un enjeu méconnu

Contrairement à une idée reçue, la désertification ne se limite pas aux vastes étendues désertiques d’Afrique ou d’Asie. En Europe, le bassin méditerranéen est en première ligne. Selon un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne (source), près de 23 % des terres de l’Union européenne présentent une sensibilité à la désertification, qu’elle soit élevée ou modérée. Cela inclut des régions en Espagne, en Italie, au Portugal, mais aussi dans le sud de la France.

En Espagne, par exemple, plus de 11 % des terres étaient déjà dégradées en 2019, soit 5,56 millions d’hectares. En Italie, ce chiffre atteint 12,46 %. Ces zones, marquées par une baisse de la matière organique dans les sols et une érosion accélérée, risquent de devenir impropres à l’agriculture si aucune action n’est entreprise.

Changement climatique et mauvaises pratiques agricoles : un cocktail explosif

La désertification résulte de multiples facteurs, souvent interconnectés. Le changement climatique exacerbe les sécheresses et les vagues de chaleur, réduisant la capacité des sols à retenir l’eau. En parallèle, les pratiques agricoles intensives, comme l’irrigation massive et l’expansion des cultures au détriment des pâturages, dégradent les terres.

Selon un rapport du GIEC publié en 2019 (source), ces pressions sont amplifiées par la croissance démographique et les politiques agricoles mal adaptées. En Europe, les sols sont souvent pollués ou surexploités, ce qui accélère leur dégradation. Le défi est donc double : restaurer les terres déjà abîmées tout en adoptant des pratiques agricoles durables.

Les projections pour l’Europe : des perspectives inquiétantes

Les scénarios climatiques futurs dressent un tableau alarmant pour le continent européen. Si le réchauffement global atteint 2°C, jusqu’à 9 % de la population européenne pourrait être exposée à des pénuries d’eau, selon le GIEC. Le sud-est de la France, déjà marqué par des sécheresses répétées, pourrait devenir semi-aride. Des zones comme les Pyrénées-Orientales, la Corse, et la côte méditerranéenne de Nîmes à Saint-Tropez seraient parmi les plus touchées.

Ces transformations ne concernent pas uniquement l’agriculture : elles impactent également la biodiversité, la disponibilité en eau potable et la résilience des écosystèmes locaux.

Des solutions possibles mais insuffisantes

La COP16 représente une opportunité majeure pour les nations d’accélérer leurs efforts de lutte contre la désertification. Les objectifs sont clairs : restaurer les terres dégradées, promouvoir des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement et limiter les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, seuls 78 pays, sur les 197 membres de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, ont fixé des objectifs concrets en la matière (source).

La France et de nombreux autres États européens restent en retrait, malgré l’urgence. Jean-Luc Chotte, président du Comité scientifique français sur la désertification, souligne l’importance de « produire mieux et de manière plus durable ». Pourtant, l’ambition collective semble encore insuffisante pour éviter le pire.

Agir pour un avenir durable

La désertification est un problème complexe, mais pas insurmontable. En Europe, des initiatives locales, comme la restauration des sols ou l’utilisation de cultures résistantes à la sécheresse, commencent à voir le jour. Cependant, ces efforts doivent être amplifiés à une échelle globale. Les décideurs politiques, les agriculteurs et les citoyens ont un rôle à jouer pour protéger les ressources en sols et prévenir des crises écologiques majeures.

Face à cette menace, le temps presse. « Nous sommes au bord du précipice », avertit Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Le succès de la COP16 dépendra de la capacité des nations à transformer leurs engagements en actions concrètes. Une mobilisation rapide et coordonnée est indispensable pour garantir un avenir durable à nos terres et à nos générations futures.