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La disparition des abeilles, phénomène de plus en plus inquiétant

Les abeilles disparaissent, c’est un fait. Elles jouent un rôle essentiel pour la pollinisation et le renouvellement des espèces végétales sur Terre. Une situation alarmante qui pose d’autres questions à l’homme, bien au-delà de celles induites par la production de miel.

« 35 % des ressources alimentaires dans le monde dépendent de la pollinisation, à 80 % des abeilles » rappelle Henri Clément, porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).

En hiver 2013, l’association des apiculteurs britanniques déclare que plus d’un tiers des abeilles ont disparu en Angleterre, même chose pour les États-Unis alors que pas moins de 30 % des colonies d’abeilles meurent chaque année en France.

« L’an dernier, sur un site, il m’est resté 22 ruches productives sur 122. Elles ne sont pas pleines d’abeilles moribondes, elles sont vides : cela signifie qu’elles n’ont pas été en état de rejoindre la colonie » déclarait Jacques Freney, producteur de miel depuis 1963 dans les monts du Lyonnais.

Ce producteur observe depuis 40 ans le déclin des abeilles et note que le taux de mortalité était de 6 % en hiver jusqu’en 2000, avant de passer à 11 % en 2006. Aujourd’hui, il accuse environ 29 % de perte tout au long de l’année.

Depuis 2007, le « Syndrome d’effondrement des colonies » (CCD) est devenu pour les spécialistes mondiaux une véritable catastrophe : la population globale d’abeilles accuse un fort déclin. Des chercheurs de Washington ont proposé de créer une banque de sperme afin de tenter d’élaborer une population d’abeilles plus résistantes.

« L’acetamipride (un pesticide) agit sur le système nerveux central comme un psychotrope. Ce composé crée une hyper-excitation qui entraine la mort de l’insecte » explique Jean-Marc Bonmatin, chargé de recherche au CNRS (Centre de biophysique moléculaire, Orléans, Loiret).

Les abeilles sont vulnérables à certaines conditions climatiques, au frelon asiatique, mais également aux deux parasites suivants : le « Varroa » (acarien) et le « Nosema » (champignon). Mais depuis 1994, leurs principaux ennemis sont les pesticides, plus précisément les neonicotinoides. L’Union européenne a restreint en avril 2013 par un moratoire l’utilisation de trois de ces pesticides soupçonnés d’être mortels pour l’abeille. Les apiculteurs mettent en cause le thiaclopride et l’acetamipride que l’on retrouve tout deux dans différents produits aux noms barbares : Proteus et Biscaya de la marque Bayer par exemple (pour le thiaclopride). Le problème quant aux abeilles se réfère à une exposition répétée à de faibles doses non prises en compte lors des autorisations de mise sur le marche des pesticides.

La production de miel est en chute libre en France (baisse de 50 à 80 %) et les apiculteurs signalent un état d’urgence. 15 000 tonnes pour 2013, 16 000 tonnes en 2012… loin des 33 000 tonnes produites en 1995. Le nombre de ruches reste néanmoins stable (1,3 million) mais la mortalité ne cesse d’augmenter, de 15 a 30 % selon les régions, parfois allant même jusqu’à 100 % de mortalité par endroits.

Certaines municipalités françaises font de la sensibilisation sur le sujet et installent des ruches dans leurs équipements publics, avec production de miel. Aux États-Unis, on comprend également l’enjeu : Barack Obama a annoncé par un décret le 20 juin 2014 la création d’un groupe de travail gouvernemental consacré aux solutions à apporter quant aux populations d’insectes pollinisateurs : abeilles, papillons, diptères, coléoptères. Dans un but pédagogique, Whole Foods, entreprise américaine de distribution alimentaire de produits biologiques a retiré pour expérience tous les produits résultants de la pollinisation. 52 % du stock du magasin disparait alors, soit 237 références de produits en moins.

À quoi ressembleraient nos supermarchés si les abeilles venaient à disparaitre ? Voici un montage réalisé Whole Foods Market, montrant les rayons du magasin avec et sans les produits issus de la pollinisation.

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Sources : HuffingtonPost – Le Monde – Le Moniteur – Mr Mondialisation