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Québec : la plus grande serre hydroponique sur toit au monde !

Une start-up canadienne a installé sur un immeuble de Montréal la plus grande serre sur toit au monde. Il s’agit bel et bien d’un véritable modèle d’agriculture urbaine bien que l’absence de production biologique est notable.

Les Fermes Lufa sont une entreprise agricole spécialisée dans les nouvelles technologies agricoles en zone urbaine. Cette société, créée par Mohamed Hage en 2009 a choisi le Québec pour développer ses deux serres immenses placées sur des toits d’immeubles dont l’une se trouve être la plus grande du monde.

La première serre se trouve dans le quartier Ahuntsic-Cartierville de Montréal et fut inaugurée en 2011. Pas moins de 70 tonnes de tomates, poivrons, salades et piments sont cultivées, été comme hiver (-20° à l’extérieur), dans une atmosphère constamment gardée à 25°. Bien sûr, la serre a besoin d’énergie et l’hiver de chauffage, mais le choix d’avoir placé la serre au sommet d’un immeuble déjà existant et occupé permet de récupérer un peu de sa chaleur, rendant possible une réduction de 25 % des dépenses énergétiques.

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Serre d’Ahuntsic-Cartierville / Lufa Farms

Fin 2013, une seconde serre a vu le jour dans la ville de Laval, à proximité de Montréal. Les deux serres des Fermes Lufa produisent ensemble 190 tonnes de légumes par an et représentent une superficie de 7300 m². La première serre nourrit environ 3000 personnes du quartier de Ahuntsic-Cartierville tandis que la seconde présente à Laval, fourni des légumes à destination d’environ 6000 personnes habitant la région métropolitaine de Montréal.

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Serre de Laval / Fadi Hage

« Nous cultivons les aliments là où les gens vivent », indique Mohamed Hage.

Les 5000 paniers hebdomadaires des Fermes Lufa (objectif désiré : 7000) sont disponibles dans des points relais trois jours après commande, et livrés le jour même de la cueillette. Ainsi, pas de transport sur de grandes distances, pas de lavage mécanique ou encore de variations de température modifiant la maturité des produits, habituellement liées au voyage.

Les Fermes Lufa ne produisent en revanche pas d’alimentation biologique. Cette entreprise ne peut tout simplement pas obtenir la certification biologique, cette dernière étant seulement attribuée aux cultures « essentiellement nourries par l’écosystème du sol », d’après le règlement N° 889/2008 de l’Union Européenne. Point positif, les serres ne cultivent aucune semence OGM.

En effet, la société a choisi l’hydroponie, technique de culture en intérieur et sans terre, cette dernière étant remplacée par un substrat, pouvant être composé de fibre de coco, de billes d’argile, de laine de roche ou encore de sable. Le substrat est destiné à être irrigué, alimentant les cultures en nutriments, principalement en fer et en potassium. Cette culture en circuit fermé permet une optimisation de l’utilisation des nutriments, puisque ces derniers circulent jusqu’à leur absorption.

Le coût énergétique est donc plus faible alors que les besoins en pesticides sont également réduits grâce au caractère isolé de la serre. Un système informatique assure la gestion de l’atmosphère de la serre en agissant sur la température et l’humidité, mais également sur l’exposition au soleil et sur la régulation de la présence d’insectes.

Côté tarification, les prix sont supérieurs qu’en supermarché, par exemple 4,50 € la barquette de fraises de 350g. Des prix pouvant rebuter plus d’un client, alors que le plastique est encore présent dans les emballages des paniers destinés à la vente.

« Depuis qu’on a lancé le projet, on est sollicité par des entrepreneurs de plusieurs villes, mais à date, on n’avait pas la capacité pour se développer à l’extérieur de Montréal, on n’avait pas l’offre idéale. On a une grosse année devant nous! », explique Mohamed Hage.

Mohamed Hage désire franchiser son modèle de serres au sein d’autres grands espaces urbains. Alors qu’une troisième serre devrait bientôt être installée à Montréal, les villes de Boston, Chicago ou encore New York se sont montrées intéressées par ce type de méthode. Pour la ville de New York, les Fermes Lufa seront en concurrence avec une autre société de serres sur toit : Gotham Greens.

Cette façon d’utiliser les toits d’immeubles de manière économique s’avère être une alternative très intéressante dans la mise en place de filières de proximité en termes d’apport en produits frais pour la population urbaine. Quant à l’hydroponie, cette méthode est actuellement essentiellement utilisée par les cultivateurs de cannabis alors qu’elle s’adapte très bien aux installations sur toit pour des cultures vivrières. À quand de tels projets en France ?

Sources : Le MondeLa PresseHuffington Post

– Crédits photo : Les Fermes Lufa