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Comment les cubains ont-ils converti leur île à l’agriculture biologique ?

Cuba est aujourd’hui une île modèle en matière d’agriculture biologique, mais également de proximité. À la chute du communisme, Cuba avait amorcé un virage institutionnel quant à l’organisation de son agriculture, une révolution verte. Explications.

Un productivisme à la soviétique

En 1959, la révolution cubaine fait basculer Cuba dans le communisme, en pleine guerre froide, sous la coupe du géant soviétique : l’URSS. En 1962, les États-Unis mettent en place un embargo sur Cuba, suite aux nombreuses nationalisations expropriant des compagnies américaines. En 2015, Barack Obama appelle le Congrès américain à enfin lever l’embargo, aboutissement d’un long processus d’assouplissement débuté par les États-Unis dés 2000 avec la levée de l’interdiction des ventes alimentaires.

Pendant sa période communiste qui s’est achevée avec la chute du mur de Berlin en 1989, Cuba affichait un schéma agricole reprenant celui des régimes des pays de l’Europe de l’Est. Ce schéma était incarné par un modèle productiviste sous forme de cultures intensives sur de grandes exploitations d’état qui ne nourrissait pas la population, la faute à une exportation de denrées trop importante, alors que 66 % des denrées à destination des Cubains provenaient du bloc soviétique. Ces apports soviétiques concernaient également les insecticides et engrais massivement utilisés à Cuba. L’apport énergétique de l’île se basait sur un pétrole importé, toujours en provenance du bloc soviétique, et ce à raison de 98 %.

Une restructuration dans l’urgence

À la chute du communisme, Cuba a dû faire face pendant quelques années à une coupure du lien avec le bloc soviétique et donc une interruption de la dynamique de son schéma agricole (et économique). Conséquences : la ration alimentaire individuelle baisse de 20 % au niveau des calories et de 27 % au niveau des protéines. Le Cubain moyen perd 15 kg et un exode rural sans précédent a lieu partout sur l’île.

Une restructuration complète de l’agriculture est alors opérée : les grandes fermes d’état sont transformées (à 80 %) en coopératives d’approvisionnement de denrées à destination des institutions d’état telles que les hôpitaux et les écoles. Cuba revient également à des méthodes plus traditionnelles, bannissant les produits chimiques, et favorisant la mise en place d’une agriculture biologique.

Agriculture urbaine et péri-urbaine

Une agriculture de proximité se développe à partir de 1994. Cette dernière voit le jour par la distribution de centaines de terrains cultivables et la mise en place d’une communication incitant la population à cultiver partout où cela est possible, par exemple dans les patios ou les terrasses d’immeubles. Ce réseau urbain et péri-urbain a été renforcé par la création de coopératives horticoles (jardins), de boutiques de graines et d’outillage (à vocation également pédagogique) ou encore de 280 unités de production de pesticides et produits biologiques. De plus, un institut de recherche a été mis en place afin de travailler sur la protection des sols et la lombriculture.

En 1996, la capitale cubaine La Havane est fournie en nourriture biologique à raison de 50 % par des cultures présentes au sein de la ville, tandis que les 50 % restants sont produits par des coopératives implantées dans la province de la capitale. Pour les autres villes, entre 80 à 100 % des denrées proviennent de l’agriculture urbaine. Ce phénomène d’auto-suffisance alimentaire s’accompagne d’un développement certain de la production d’herbes médicinales (1000 tonnes produites par an).

Les résultats, mis à part l’auto-suffisance alimentaire, sont incarnés par une meilleure diversité de l’alimentation, moins de pollution, moins de déchets (plus de recyclage), baisse des couts de transport et création d’emplois. Le point faible réside dans la lenteur avec laquelle l’élevage (viandes, lait, œufs) s’adapte à ce nouveau schéma d’agriculture de proximité.

Qu’en est-il aujourd’hui?

20 % de terres cultivées à Cuba le sont par une agriculture biologique, essentiellement sous forme d’horticulture maraîchère, et ce pour une partie des fruits et des agrumes. Les Cubains testent d’autres denrées avec des méthodes biologiques : canne à sucre, café, cacao, noix de coco, ananas et mangue.

Une peu comme les AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) en France, les coopératives « bio » situées en zone péri-urbaine à Cuba s’inscrivent dans un circuit court, en alimentant les marchés et en fournissant divers points de distributions dans les centres urbains. Ces coopératives se partagent les bénéfices et gardent une partie de la production pour la redistribuer dans les quartiers en zone péri-urbaine, principalement dans les écoles, les cliniques et les jardins d’enfants.

Daniel Hofnung, ancien ingénieur en bâtiment aujourd’hui membre actif d’ATTAC, un mouvement altermondialiste, a publié en 2008 l’article « Cuba : agriculture biologique et relocalisation de l’économie ».

Il estimait alors que le schéma agricole cubain « n’a pas à être plaqué sur des réalités différentes, mais il doit être étudié et inspirer les peuples qui souhaitent libérer leur agriculture du modèle néo – libéral et utiliser ses ressources comme base du décollage économique. »

Voici un documentaire (VOST) en trois parties réalisé en 2011 à l’aide de l’INIFAT (Instituto de Investigaciones Fundamentales en la Agricultura Tropical) basée à Cuba :

Sources : TémoignagesL’HumanitéMacadam Gardens

– Crédits photo : Nils Aguilar, http://voicesoftransition.org