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49-3 : la France en ébullition ?

Alors que la mobilisation autour de la loi travail semblait quelque peu faiblir et que le débat parlementaire semblait arriver à sa fin, le gouvernement a pris une décision qui a mis le feu aux poudres. En effet, Manuel Valls et Christophe Sirugue (le rapporteur du texte à l’Assemblée) avaient proposé un compromis aux frondeurs qui s’opposaient au texte. Ceux-ci n’étant guère convaincus, la seule solution qu’il restait aux défenseurs de ce texte face à cette situation tendue fut de proposer le recours au 49-3. Aussi, quelles ont été les conséquences et les réactions suite à cette annonce ?

Petit retour en arrière : nous sommes en 2006, soit la dernière date à laquelle le 49-3 a été utilisé par la droite en réaction au Contrat Première Embauche (CPE) de Dominique de Villepin. Le grand patron du PS à cette époque qui n’était nul autre que notre président actuel n’avait alors pas manqué de décrier cette décision et s’insurgeait :  « Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie, le 49.3 est une manière de freiner ou d’empêcher le débat parlementaire. Le recours au 49.3 sera la troisième violation des droits du Parlement en quelques semaines. La première c’était le recours à un amendement pour faire voter le Contrat de première embauche. Le second mauvais coup, c’est d’utiliser la procédure d’urgence, et maintenant le 49.3. C’est bien le signe que le gouvernement doute de sa réforme et que la mobilisation va prendre de l’ampleur. Ce déni de démocratie va amplifier la mobilisation. » Il ne pensait pas si bien dire…

Dix ans plus tard, le discours est tout autre et cela ne manque pas d’agacer la population qui n’a pas oublié ces belles paroles. Tout d’abord, nous pouvons noter que le gouvernement actuel a déjà eu recours trois fois au 49-3 en 2015, notamment pour faire passer la loi Macron, créant ainsi les critiques et les menaces de motion de censure.

L’annonce de l’utilisation de la loi 49-3 pour faire passer la loi travail ce mardi 10 mai a ravivé le débat et les protestations. Quelques heures après la décision du premier Ministre, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans la plupart des grandes villes en réaction à cette mesure controverse considérée comme un « déni de démocratie» ainsi qu’ «une insulte au peuple ». La tension a été forte devant l’Assemblée Nationale où plusieurs centaines de manifestants selon la préfecture (2000 à 3000 selon les manifestants) étaient rassemblés à l’appel de Nuit Debout. La circulation a par ailleurs été bloquée aux environs de 20h30 sur le pont de la Concorde. Il aura fallu des dizaines de véhicules de police pour les encadrer et leur empêcher d’avoir accès au Palais Bourbon.

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Rassemblement à Paris, via Nuit Debout
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Rassemblement à Paris, via Nuit Debout

À Toulouse, ils étaient 1000 selon la police, 2000 selon la CGT a se réunir notamment grâce à un appel d’une intersyndicale CGT, FSU, Solidaires et Nuit debout pour scander «Toulouse, soulève-toi», «cette société-là, on n’en veut pas». Un millier de personnes ont également défilé dans les rues grenobloises avant que des affrontements n’éclatent dans la soirée. D’autres manifestations ont eu lieu plus ou moins pacifiquement à Lyon, Caen, Nantes, Rennes…

Manifestation de Grenoble, via Nuit Debout
Manifestation de Grenoble, via Nuit Debout

De nouveaux rassemblements sont organisés dès ce mercredi soir avant de nombreuses manifestations attendues jeudi. À Paris, elle débutera à 14h à Denfert-Rochereau pour se diriger vers l’Assemblée Nationale. Les syndicats appellent à une amplification de la mobilisation face au déni de démocratie, jugeant que de faire passer la loi en force est inacceptable « alors que les salarié-es, les jeunes, les privé-es emploi, les retraité-es sont mobilisés depuis plus de 2 mois pour le retrait du projet de loi travail et l’obtention de nouveaux droits (et) alors que l’opinion publique reste massivement opposée à ce texte« 

Des centaines de milliers de signataires contre le 49.3

Enfin, la mobilisation est également très active sur internet avec notamment une multiplication rapide du nombre de signataires aux pétitions. On note d’une part la pétition « Soutenez la motion de censure pour que le texte sur la loi travail soit rejeté » qui compte déjà 227 302 soutiens ainsi que la pétition « URGENT : François Hollande, renoncez au 49.3 ! » (actualisation de la pétition contre la loi travail) qui a récolté pas moins de 1 315 638 pour l’instant.

Sources : LeFigaro ; Démosphère ; L’Obs