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Au moins 19 destinations sur-fréquentées ont pris des mesures contre le tourisme de masse

Crédits : Whatthefalk6 - Pixabay

Les habitants de certaines villes se sentent envahis, et ce n’est pas étonnant quand on sait que 95% des touristes se répartissent sur seulement 5% des territoires du globe, d’après l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme). En haute saison ou toute l’année, il y a des endroits où il vaut mieux savoir à quoi s’attendre. Quelles mesures ont pris ces destinations les plus fréquentées ? Comment éviter le monde ?

Pourquoi et comment éviter la sur-fréquentation dans certaines zones touristiques ?

Lorsqu’une destination devient sur-fréquentée, l’une des principales conséquences est l’augmentation des prix des locations ou des achats immobiliers. Il est alors plus compliqué de se loger pour les habitants à revenus faibles ou modérés, et leur environnement se dégrade, ce qui les amène souvent à manifester ou à demander des mesures concrètes.

Pour le touriste, c’est aussi moins agréable de se promener dans des rues et des sites bondés ou de prendre en photo une plage polluée et noire de monde… Prendre le temps de réfléchir avant de réserver un voyage ou de planifier ses activités a donc autant d’intérêt pour le visiteur que pour les visités ! 

On voit même certains professionnels du voyage s’interroger et chercher à sensibiliser leur clientèle. Dans ses actualités, le comparateur de vols Alibabuy incitent les visiteurs de son site à partir hors saison ou informent sur les nouvelles mesures prises par les destinations sur-fréquentées.

plage bondée
Crédits : glucosala – Pixabay

Le premier conseil pour éviter la masse, c’est d’essayer de partir en dehors des mois de juillet et août, car dans la plupart des pays du monde, les vacances scolaires sont planifiées à cette période. Pour ceux qui ont des enfants, il est possible par exemple de choisir une destination peu fréquentée pendant la saison estivale. 

En second lieu, selon le pays choisi, il est recommandé d’établir un programme organisé de visites de villes et de sites culturels ou naturels. Certains sites doivent faire l’objet d’une réservation plusieurs semaines ou mois à l’avance, comme l’Alhambra à Grenade, en Espagne ou le Pic du Midi dans les Pyrénées. D’autres sont pris d’assaut quasiment toute l’année, comme Chamonix dans les Alpes. 

Enfin, selon la ville ou le site que vous souhaitez visiter, informez-vous sur les mesures mises en place, les pics de fréquentation et essayez de privilégier une saison ou un horaire moins prisé(e).

Quels sites et villes ont pris des mesures de limitation au tourisme de masse ?

En Europe

1) Reykjavik, Islande

Reykjavik est la capitale de l’Islande, un pays réputé pour ses cascades, ses glaciers et les aurores boréales qu’on peut y observer en hiver. Toutefois, ces dernières années, cet État de 340.000 habitants a été submergé par le tourisme de masse. Rien qu’en 2015, il a accueilli 1,26 million de personnes. Le gouvernement a décidé d’augmenter la TVA depuis 2018 et a suspendu les campagnes de communication pour la destination. 

Entre mars et juin 2019, l’Islande a dû interdire l’accès au canyon Fjadrárgljúfur, une gorge d’environ deux kilomètres qui a fait parler d’elle après la diffusion d’un clip de Justin Bieber. Les 300.000 visiteurs annuels du site sont priés de ne pas sortir des sentiers pour éviter de menacer la végétation et la biodiversité.

islande - seljalandsfoss
Crédits : 12019 – Pixabay

2) Palma de Mayorque, Baléares

Palma de Mayorque compte 400.000 habitants, c’est la capitale de l’archipel des îles Baléares. Depuis le 1er juillet 2018, la ville a officiellement interdit la location touristique d’appartements. Seuls les propriétaires de maisons, de villas ou de chalets ont toujours ce droit. Cette mesure est censée faire baisser les prix des appartements à la location ou à la vente à Palma, afin qu’il soit à nouveau plus facile pour les habitants de se loger.

3) Venise, Italie

30 millions de touristes visitent Venise chaque année. Les habitants mettent en cause le tourisme de masse et l’arrivée quotidienne de bateaux de croisière dans l’augmentation de la pollution du site classé. Les inquiétudes du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO ont poussé Venise à mettre en place des règles particulières :

  • des amendes en cas d’abandon de déchet ou de chahut,
  • des rues réservées et d’autres interdites aux touristes,
  • des embarcadères spécialement dédiés aux Vénitiens,
  • une taxe d’entrée dans la ville sera bientôt mise en place,
  • en 2017, la création de nouveaux hôtels dans le centre ville a été interdite,
  • le nombre de visiteurs sur la place Saint-Marc les jours fériés et de carnaval est limité à 200.000.
Venise
Crédits : David Mark – Pixabay

4) Le Mont Blanc, Chamonix, France

La préfecture de Haute-Savoie a pris des mesures pour restreindre l’accès au plus haut sommet français. Depuis cet été, un quota de 214 alpinistes par jour a été fixé. Il s’agit du nombre de lits réservables dans les refuges de l’itinéraire de la Voie royale (Nid d’Aigle, Tête rousse et Goûter). Du 1er juin au 29 septembre, il faut donc réserver une nuit dans l’un de ces refuges pour pouvoir accéder au Mont Blanc. Cette mesure vise à réduire le nombre d’accidents et de déchets laissés en altitude.

5) Dubrovnik, Croatie

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Crédits : Paul Arps – Flickr

A cause de la série Game of Thrones, la ville de Dubrovnik souffre du flot incessant de touristes pendant la belle saison. Les rues et les plages sont envahies de monde, et cette pression pèse sur le bien-être des habitants et l’environnement. 43.000 habitants accueillent 4,2 millions de visiteurs par an, soit 98 fois plus que sa population. Et autant de personnes aux besoins primaires et secondaires (eau, nourriture, gestion des déchets et des eaux usées…) 

En août 2017, le maire de Dubrovnik a donc décidé de réduire le maximum de touristes autorisés dans la ville à 4000 au lieu de 8000. En prime, seuls deux navires et 5000 passagers au total peuvent accoster chaque jour. Mieux vaut éviter d’y aller en juillet ou en août !

6) Amsterdam, Pays-Bas

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Crédits : Dimitri Houtteman – Pixabay

Lassée des incivilités des touristes, Amsterdam a mis en place plusieurs mesures pour lutter contre le sur-tourisme et ses impacts négatifs :

  • une amende de 95€ pour la consommation d’alcool dans la rue,
  • une amende de 140€ pour jet de détritus,
  • la ville a arrêté ses campagnes de publicité touristique,
  • elle a déplacé le signe “I Amsterdam” en périphérie du centre-ville.

Mais ce n’est pas tout, la ville a aussi demandé des restrictions sur Airbnb, qui a accepté d’adapter les recherches sur sa plateforme pour répondre aux exigences :

  • Airbnb prélève une taxe de séjour pour le compte de la ville.
  • Une location ne peut pas accueillir plus de 4 personnes à la fois,
  • Un hébergement touristique ne peut pas être loué plus de 60 jours par an.
  • Le loueur du bien doit être propriétaire et ne pas sous-louer un logement social.

7) Oia, île de Santorin, Grèce

Santorin est l’une des îles grecques les plus prisées pour la beauté des panoramas qu’elle offre sur la mer et les maisons blanches aux toits bleus qui la surplombent. Magique, oui, sauf quand la pollution visuelle et sonore des navires de croisières et des milliers de visiteurs viennent gâcher le paysage et la tranquillité de l’île. 

A cause de l’afflux de touristes en été, la ville d’Oia, port principal de Santorin, a imposé un plafond de 8000 visiteurs par jour amenés par les bateaux de croisière. D’après Conde Nast Traveler, 790.000 personnes ont accosté à Santorin via 636 navires en 2015, alors que l’île ne compte que 15.000 habitants.

8) Rome, Italie

Fontaine de Trevi Rome
Fontaine de Trevi, Rome – Crédits : Kirk Fisher – Pixabay

Rome, capitale de l’Italie, est connue pour ses monuments et sites anciens, souvent classés ou protégés. Les incivilités induites par le tourisme de masse poussent les autorités romaines à réagir en conséquence. En 2017, un touriste équatorien a été condamné à une amende de 20 500 euros pour avoir gravé le nom de sa famille sur des pierres du Colisée.

Depuis, plusieurs mesures ont fait parler d’elles : l’interdiction de manger aux abords des lieux touristiques, de se promener torse nu ou de se baigner dans la fontaine de Trevi sous peine d’amende.

Amériques 

9) Certains parcs nationaux d’Amérique du Nord et du Canada

Dans de nombreux parcs nationaux des Etats-Unis ou Canada (Banff), sachez qu’il faut faire une demande de permis de randonnée (backcountry permit) auprès des services des Parcs Nationaux (NPS). En effet, la plupart des parcs déconseillent fortement de faire l’aller-retour dans la même journée. Cette méthode de permis de randonnée permet aux autorités de gérer l’afflux de visiteurs, leur sécurité, et de les sensibiliser à l’environnement.

La liste non-exhaustive des parcs concernés par le permis de randonnée aux Etats-Unis :

  • tous les parcs nationaux de Colombie Britannique.
  • Les parcs nationaux Canyonlands et Glen Canyon.
  • Les parcs nationaux de Grand Canyon, Yosemite, Glacier, Grand Teton, Yellowstone (pour ce dernier un permis de jour comme de nuit est obligatoire). 

10) L’île Big Major Cay, Bahamas

Cochons au Bahamas
Cochon au Bahamas – Crédits : Lisa Larsen – Pixabay

Les cochons nageurs de l’île Big Major Cay, aux Bahamas, sont en danger car les nombreux touristes les nourrissent sur la plage, et ils meurent en ingérant du sable.

En conséquence, le gouvernement et les propriétaires de cochons ont dû trouver des solutions pour éviter ce massacre. Ils travaillent sur la sensibilisation des touristes et la protection des animaux. Si vous vous y rendez, ne les nourrissez pas, leurs propriétaires s’en occupent !

11) Cancun et ses récifs de coraux, Mexique

Cancun et les îles mexicaines sont très prisées des croisiéristes en dehors des mois d’août à novembre, à cause de la saison des ouragans. On trouve parmi les plus beaux récifs coralliens du monde à Cancun ou à Cozumel. Mais des quantités importantes de corail sont régulièrement détruites par le passage des nombreux bateaux de croisière et la pollution due au trafic maritime ou à l’activité humaine (pesticides, eaux usées, produits chimiques).

Consciente de l’importance du corail, la ville de Cancun a décidé de faire partie d’un projet ambitieux et unique en son genre. Depuis septembre 2017, le récif de corail au large de la ville est le premier à être protégé par un système d’assurance. Les cotisations sont versées par les entreprises et les hôtels locaux. En cas de tempête et d’endommagement du récif, protégé sur 60 kilomètres, l’assurance peut ainsi payer pour les réparations. 25 à 70 millions de dollars par an pourraient ainsi être alloués à la restauration du récif.

Les coraux abîmés peuvent par exemple être remplacés par des structures artificielles qui assureraient des fonctions similaires, mais pas toutes. Ils pourraient également être retirés afin de les faire repousser à l’écart avant d’être réimplantés dans leur habitat naturel.

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Récif corallien – Crédits : Free-Photos – Pixabay

12) Le Machu Picchu, Pérou

L’ancien village inca de Machu Picchu attire plus de 2500 visiteurs par jour, limite fixée en 2011 par l’Unesco pour protéger le site des risques d’érosion et de glissements de terrain. Malheureusement, ce tourisme de masse met le site en danger. Sous peine de voir le site classé sur la liste des patrimoines de l’Unesco en péril, le gouvernement péruvien a instauré l’obligation de faire appel aux services d’un guide pour atteindre la cité. Le but ? Tenter de mieux contrôler le flux de visiteurs sur le site, mais ce n’est sûrement pas assez.

13) Barcelone, Espagne

En 2017, les Barcelonais ont été nombreux à manifester contre le tourisme de masse, en exprimant leur saturation

En août dernier, la municipalité de Barcelone a déclaré qu’elle allait interdire tous les deux-roues électriques dans les rues du centre-ville dès la fin du mois. Cette mesure vise essentiellement les touristes qui se déplacent en trottinette électrique ou en Segway et qui mettraient en danger la sécurité publique.

En juillet 2016, la ville avait déjà interdit les gyropodes sur le front de mer

Quand à l’hébergement touristique, la mairie mène une guerre sans merci aux plateformes d’hébergements. En 2015, Barcelone avait infligé aux sites de réservation Airbnb et HomeAway deux amendes de 30.000 euros chacune, pour avoir proposé des logements qui n’étaient pas habilités à recevoir des touristes. 

Enfin sur le plan environnemental, il sera interdit d’ici 2020, en Catalogne, de fumer sur les terrasses et “dans tout autre lieu où une personne se voit obligée de supporter la fumée d’une cigarette”

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La Sagrada Familia – Crédits : Patrice Audet – Pixabay

Asie et Océanie

14) Phnom Bakheng, Cambodge

L’Autorité pour la protection et la gestion d’Angkor a récemment décidé de limiter le nombre de visiteurs sur le site de Phnom Bakheng à 300 personnes à la fois. Cette limitation vise à protéger l’ancien temple car c’est un lieu touristique populaire pour la vue du coucher du soleil sur le temple d’Angkor Wat.

15) L’île de Komodo, Indonésie

L’île de Komodo en Indonésie a annoncé en avril 2019 qu’elle serait fermée aux touristes pendant jusqu’en 2020 à cause de la diminution inquiétante de la population de dragons de Komodo. Le mois précédent, des touristes qui tentaient de vendre 41 dragons de Komodo sur le marché noir ont été arrêtés et jugés.

L’objectif de cette mesure est d’assurer la survie et d’augmenter la population des 1800 dragons de Komodo.

16) L’île de Boracay, Philippines

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Crédits : Crédits : Drunker – Pixabay

Cette île a été fermée aux touristes pendant six mois avant de rouvrir en octobre 2018. Pendant ce temps, il a fallu nettoyer le site, qualifié de “fosse septique” par le président philippin. 

Suite à cette mésaventure liée au tourisme de masse, il a été décidé de limiter le nombre de visiteurs à 19.200 par jour au lieu de 40.000 en haute saison. En prime, les autorités locales ont mis en place d’autres règles  :

  • interdiction de construire de nouveaux établissements touristiques,
  • interdiction de fumer et de boire de l’alcool sur la plage,
  • interdiction de pratiquer des sports nautiques autres que la natation.

17) Maya Bay, Thaïlande

Le site de Maya Bay attire de nombreux visiteurs, 5000 par jour depuis la diffusion du film “La Plage” en 2000. Les déchets, les crèmes solaires, le carburant et les hélices des bateaux ont laissé des traces dans les récifs coralliens de la fameuse baie, qui ont gravement souffert. 

En juin 2018, les autorités thaïlandaises ont donc décidé de fermer la baie au public pendant 4 mois, mais finalement la durée de fermeture a été prolongée jusqu’en 2021. L’accès sera limité à un certain nombre de visiteurs par jour et les bateaux ne pourront plus accoster dans la baie. Bien que des requins à pointes noires ont repris leurs marques dans la zone, il faudra quelques années avant que la biodiversité ne retrouve un état de santé satisfaisant. 

18) Uluru / Ayers Rock, Australie

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Crédits : Walkerssk – Pixabay

Uluru, aussi appelé Ayers Rock, atteint seulement 348 mètres de hauteur mais il fait l’objet d’un attrait touristique pour le moins dérangeant. Il s’agit d’un site sacré pour les aborigènes Anangu. 

Or, 395.000 personnes ont visité ce site entre juin 2018 et juin 2019, marquant une augmentation de 20% de la fréquentation en seulement un an. Bien que le camping et le stationnement sauvages soient interdits dans cette zone protégée, les touristes affluent. Le parc national de Uluru-Kata Tjuta a donc décidé d’interdire son ascension dès le 26 octobre 2019 et ce jusqu’à nouvel ordre. 

19) L’Ile de Pâques

En 2018, l’île de Pâques a dû prendre des mesures pour limiter la pression exercée par la surfréquentation touristique. Désormais, étrangers et chiliens sont soumis à la même règle : pas de séjour de plus de 30 jours. Avant, la limite était fixée à 90.

Sources : Business Insider, Le Figaro, Libération

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