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Bjarke Ingels, un architecte branché et engagé

Crédits : da.wikipedia.org

Il veut construire une cité sur Mars, une ville flottante autonome et écologique, un système de barrière destiné à protéger Manhattan contre les marées trop hautes… Sans oublier EuropaCity, le nouveau quartier de loisir du Grand Paris. Que peut-il souhaiter d’autre ? Faire une apparition inattendue dans Game of Thrones, évidemment !

Qui est Bjarke Ingels ?

Vous ne l’avez probablement pas remarqué, et pourtant ! Lors de l’ultime épisode de la série Games Of Thrones, la « superstar » des architectes, le danois Bjarke Ingels, fait une apparition furtive devant la caméra. Une simple figuration en soldat sur le plateau de tournage de l’une des séries les plus regardées au monde. Il faut dire que le scandinave est aussi l’un des amis de longue date de Nikolaj Coster-Waldau, l’acteur qui interprète Jamie Lannister dans la célèbre série HBO.

Une anecdote qui devrait contribuer à forger la légende autour du brillant créateur danois, dont la jeunesse, le sens de l’humour et le talent font d’ores et déjà « la rock star de l’architecture ». « Les architectes ont tendance à céder à un trop grand formalisme alors qu’il faut sortir des conventions pour innover », affirme celui qui a été désigné par le magazine Time comme l’une des 100 personnalités les plus influentes de la planète.

Un positionnement fantasque et presque impertinent qui fait grincer des dents dans le milieu feutré de l’architecture, mais qui permet surtout au jeune créateur d’émerger auprès du grand public. Une manière aussi de transformer son nom en véritable marque, synonyme d’audace.

Car Bjarke Ingels est à l’origine de certains projets architecturaux parmi les plus innovants (et parfois controversés) de ces dernières années. L’incinérateur d’Amager Bakke à Copenhague (ou « la colline d’Amager ») en est un excellent exemple. Les critiques ne se sont pas fait attendre lorsque l’agence BIG (Bjarke Ingels Group) a dévoilé, il y a environ sept ans, un projet qui devait transformer le lieu en centrale électrique, couronnée d’une piste de ski. Le concept suscitait alors l’incrédulité et le scepticisme.

Une construction qui a été récompensée depuis par le prix « European Steel Design » en 2017 et permet aujourd’hui de traiter 400 000 tonnes de déchets par an pour alimenter 160 000 foyers en eau chaude et 62 500 foyers en électricité. Le tout en offrant aux habitants de la capitale danoise la possibilité de faire du ski sur une piste noire de 180 mètres, une verte de 150 mètres ou une bleue de 55 mètres.

D’une cité sur Mars à l’écoquartier EuropaCity dans le Val-d’Oise

Voilà qui prouve que « le spectaculaire n’est pas inconciliable avec le durable », selon la conviction intime de celui qui se définit comme un utopiste pragmatique. « J’ai l’espoir — la certitude, même — qu’il est possible de vivre dans un monde architectural utopique, à la fois beau et écologiquement responsable », explique Bjarke Ingels dans les pages du Figaro.

Autre exemple : le concept de ville flottante autonome que le cabinet BIG et la startup Oceanix ont présenté récemment à l’ONU. Alors que la montée des eaux menace directement 2,4 milliards de personnes vivant sur les côtes, l’architecte danois rêve de construire une ville entièrement autonome, équipée pour résister aux inondations et aux ouragans et capable de produire sa propre énergie et sa nourriture. Mobilité non polluante, agriculture marine… toute la cité est conçue sur le principe du développement durable et s’adresse en priorité aux populations les plus vulnérables.

Certes, cela reste pour l’instant au stade de « boîte à outils » ou de « work in progress », comme le projet de cité sur Mars qui devrait permettre à une équipe de scientifiques d’étudier la nourriture, l’énergie, l’eau, la chaleur, la radioactivité ou encore la gravité sur la planète rouge.

Mais d’autres projets, pour être plus concrets, n’en sont pas moins audacieux. L’écoquartier EuropaCity, qui devrait voir le jour en 2027 dans le cadre du projet d’aménagement du Triangle de Gonesse (Val d’Oise) prévoit de belles réalisations. Un projet toujours soumis au bras de fer entre les opposants et la puissance publique, mais qui devrait donner lieu, si le projet sort de terre, à un ensemble architectural quasiment inédit en Europe.

Europa City
Crédits : Flickr/ EuropaCity

« Activer l’ordinaire pour en faire quelque chose d’extraordinaire »

Un cirque contemporain, une salle de concert, un centre culturel dédié au septième art, des hôtels, un centre de congrès, un parc aquatique, un immense parc et un centre culturel pour enfants devraient transformer en profondeur le visage de ce territoire quelque peu négligé et défavorisé de la région parisienne.

Comme d’habitude, l’architecte s’efforce d’apporter une vision globale, qui allie beauté esthétique et usage pratique, voire efficacité économique : EuropaCity devrait ainsi attirer quelque 31 millions de visiteurs par an, permettre la création de 10 115 emplois directs et non délocalisables dans sa phase d’exploitation et contribuer à la protection de l’environnement grâce à la mise en place d’un parc photovoltaïque de 14 hectares de panneaux, d’une chaufferie biomasse, des dispositifs de stockage électrique et de smart grids pour éviter le gaspillage en énergie.

Bref, Bjarke Ingels ne manque pas de projets : un campus pour la Smithsonian Institution à Washington DC, un système de barrière destiné à protéger Manhattan contre les marées trop hautes et même la nouvelle boutique des Galeries Lafayette sur les Champs-Élysées !

« Quand on pense à une ville, on voit une église, un hôtel de ville, un musée et une piscine. Mais une ville, c’est à 99% un espace où les gens vivent, travaillent, font leurs courses et mangent. Si on ne mise que sur le 1% de la ville composée de bâtiments publics […] on n’aura pas touché aux 99% restants », dit-il à propos du grand magasin parisien. « Mais si on trouve un moyen d’activer l’ordinaire pour en faire quelque chose d’extraordinaire, on obtiendra une ville beaucoup plus vivante ». C’est en tout cas le pari à la fois éthique et esthétique de cet architecte dont on n’a certainement pas fini d’entendre parler.

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