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En Inde, les promoteurs immobiliers inventent les bidonvilles verticaux

Plus de la moitié des habitants de Bombay (Mumbai) vivent dans des bidonvilles. La ville désire en finir avec ces habitations de fortune et reloge les occupants dans des barres d’immeubles dont la qualité laisse à désirer.

Bombay, cette ville tentaculaire de 18 millions d’habitants n’est autre que la capitale économique de l’Inde et la sixième agglomération la plus peuplée au monde. La ville compte énormément de bidonvilles (60 % de la population), dont le bidonville géant de Juhu, rendu célèbre par le film Slumdog Millionaire sorti en 2008, ou encore celui de Dharavi, qui organisait sa toute première biennale d’art au mois de février 2015, sur le thème de la santé.

Les promoteurs immobiliers désirent tourner la page bidonville au sein de Bombay, et proposent de reloger gratuitement les habitants, du moins ceux présents depuis 1995 ou avant. Voici deux exemples d’initiatives datant : en 2004, des travaux ont débuté à Golibar, un quartier abritant alors 26 000 personnes, et la construction d’un quartier en 2008, Lallubhaï, où environ 50 000 habitants y ont été relogés. Dans ce dernier, pas moins de 69 barres d’immeubles de basse qualité y ont été élevées, et chacune des familles (quelle que soit sa taille) se trouve dans un appartement de 29 m². Le reste de l’espace du quartier est souvent aménagé en école, épicerie ou encore en espace réservé au culte.

Cette population parvenait jusqu’à présent à s’en sortir (tout est relatif) par le biais d’activités de commerce informel et d’artisanat, désormais rendues impossibles par l’éloignement géographique, puisque le quartier de Lallubhai se situe en périphérie de Bombay. Désormais, la population est employée en partie dans les services et est sous-payée.

« Il existe une forte spéculation, la valeur de certains appartements construits a été multipliée par 4 en moins de 10 ans », indique Thomas Saintourens, reporter pour le magazine Géo relayé par France Info.

Faire place belle pour les promoteurs et les investisseurs mondiaux, voilà le but de ces actions dont l’aspect humanitaire de façade s’effrite gentiment à la vue des penthouses à 10 millions d’euros qui sont visibles sur les parcelles à la place des bidonvilles.

En effet, outre la gentrification en marche, ces méthodes de relogement sont critiquées par bon nombre d’urbanistes qui pensent que l’urgence de la population concerne plutôt l’approvisionnement en eau potable, en électricité et un accès aux transports.

La question des transports reste en suspens dans le cas de tels déplacements de population, ici défavorisée et repoussée vers les marges de la ville, rendant difficile son accès aux réseaux. En effet, beaucoup pourrait y voir une inégalité de plus, alors que le métro de Bombay fête sa première année d’existence en juin 2015. Ce projet de métro à Bombay a été mené à terme par la société française RATP Dev, dont le responsable de la ligne 1, Eric Labartette, déclarait avec fierté : « Nous sommes l’infrastructure publique la plus propre de Mumbai [Bombay, NDLR]. »

Sources : France InfoLes ÉchosLa DépêcheRadio France Internationale

– Crédits photo :  © Géo Giulio Di Sturco.