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Ce militant veut en finir avec Kim Jong-un à l’aide de ballons messagers

Un Nord-Coréen ayant fui le régime de son pays il y a une quinzaine d’années, tente de combattre la dictature de Kim Jong-un, l’actuel dirigeant du pays. Son arme de prédilection? Des ballons de baudruche!

« Je suis passé à la télé 500 fois en trois ans », indique Park Sang-Hak, cet activiste nord-coréen de 46 ans que l’on pourrait qualifier de petit, maigre, nerveux, mais tout de même extrêmement courageux.

Celui que l’on reconnait dans les rues de Séoul s’amuse à dire qu’il est aussi bien connu en Corée du Nord qu’en Corée du Sud. Park fait partie du groupe des Combattants pour une Corée du Nord Libre (Fighters for a Free North Korea), composé intégralement de transfuges, c’est-à-dire de personnes ayant changé leur allégeance à l’égard d’une nation ou d’une organisation politique. Ainsi, ce sont tous des Nord-Coréens militant contre ce que l’on appelle communément la « dynastie communiste des Kim ».

L’histoire de Park Sang-Hak a été racontée par le site Bloomberg en 2014 puis récemment traduit de l’anglais et relayé sur le site Ulyces. Une équipe de journalistes avaient suivi le militant dans ses actions.

Park a milité pendant près de dix ans afin de faire stopper le totalitarisme dans son pays, en collaborant également avec d’autres groupes proches de son idéologie, comme le Front de Libération du Peuple (People’ s Liberation Front), des anciens officiers de l’armée nord-coréenne consistant bien souvent un renfort de poids.

L’équipe de Bloomberg avait assisté à un lâcher de ballons gonflables, l’action favorite de Park Sang-Hak afin d’exprimer ses idées. Ce jour de 2014, les deux groupes transfuges ont prévu une de leurs actions à la frontière. Au programme, des ballons, mais pas seulement, puisque des DVD et des dollars américains ont été prévus, ainsi que pas moins de 200.000 tracts imprimés en recto-verso sur polyvinyle, un papier léger, mais résistant à l’eau.

[/media-credit] Credit: Capture Video

Sur les tracts figuraient les dix premiers articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme en anglais (version US), ainsi qu’un pamphlet critiquant la dynastie des Kim. Chaque ballon comportait un minuteur qui avait la tâche, au bout d’un certain temps, de déclencher l’ouverture et laisser échapper le contenu qui avait préalablement traversé la frontière par le ciel.

« La Corée du Nord est infranchissable. Elle est encerclée par un véritable rideau de fer et l’information ne peut pas l’atteindre, explique Park. Mais avec ces ballons, en survolant le rideau, rien ne peut l’arrêter. Nous pouvons leur faire prendre conscience de la situation et ainsi leur laisser le choix, en toute connaissance de cause, de se battre ou non » explique Park, dont le but est aujourd’hui de contrer la censure qui sévit en Corée du Nord, et ce en sensibilisant ses anciens compatriotes, espérant que ces derniers renverseront le régime.

Les ballons embarquant des sacs de tracts mesuraient 10 mètres de long pour 2 mètres de large, et ont été doucement lancés dans le ciel grâce au gaz d’hydrogène. Certains de ces ballons arboraient même des slogans multicolores écrits en coréen ou encore des caricatures, comme un dessin représentant le dictateur Kim Jong-un s’accrochant à un missile, l’enlaçant comme s’il affectionnait une peluche, une attitude juvénile. Chaque lancement de ce type permet une « diffusion » sur la capitale coréenne après quatre petites heures, une attente qui en vaut la chandelle.

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Park Sang-Hak vit donc aujourd’hui en Corée du Sud, dans la banlieue de Séoul, où il est une star locale. Son activité est plutôt onéreuse, car chaque ballon « gonflé à bloc » coûte environ 500 dollars US. De plus, les Combattants pour une Corée du Nord Libre ne perçoivent aucune aide du gouvernement sud-coréen, contrairement aux autres groupes composés de transfuges.

« …On a quelques centaines de personnes qui nous donnent 5 ou 10 dollars par mois. Et aucune de ces personnes n’est particulièrement fortunée » indique le militant, également très soutenu par ses pairs, qui assurent que même si un jour quelque chose lui arrivait, l’action se poursuivrait coûte que coûte.

Park Sang-hak, témoin de l’essor économique de la Chine à la fin des années 1980 (ayant grandi à la frontière entre les deux pays), est arrivé en Corée du Sud à l’âge de 30 ans, en 1999, après des études d’ingénierie électrique à Pyongyang. C’est en 1992, lors d’un voyage universitaire à Wonsan, un port nord-coréen bordant la mer du Japon, qu’il voit pour la première fois des tracts de propagande venant de Corée du Sud. Devant ce spectacle saisissant et le contenu des ballons expliquant la réalité de la vie en Corée du Sud, l’idée semblait germer dans l’esprit de Park même avant sa fuite, sept années plus tard.

Dans les années 2000, le militant a participé à diverses actions en Corée du Sud, au Japon et en 2008, le président américain George W. Bush l’a invité à la Maison-Blanche, suscitant l’indignation de Pyongyang accompagnée de menaces de mort.

Park Sang-hak à la sortie de son entretien avec la Wikimedia Foundation
Credit: Commons WikimediaPark Sang-hak à la sortie de son entretien avec la Wikimedia Foundation

Afin de lire l’intégralité de l’histoire de Park Sang-hak, veuillez vous diriger ICI.

Sources : BloombergUlycesSlate

Crédit photos : Adam Fergusson / BloombergTbayer / WikimédiaPsyop