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Villes privées, villes de demain ?

Le concept de ville privée est peut-être synonyme de changement futur de la nature des villes au sein des pays où l’urbanisation se développe rapidement. Alors que nous connaissions d’autres concepts fracturant l’espace urbain, la première ville entièrement privée a déjà vu le jour au Moyen-Orient.

Divers concepts urbains synonymes de fracture

De tels concepts, il n’en existe quasiment pas encore, mis à part Kaec en Arabie Saoudite (King Abdullah Economic City). Dans « ville privée », il y a le mot « privée », que l’on pourrait aisément interpréter comme excluant ce qu’il se trouve autour, ou se mettant en marge volontairement, mais ce n’est pas réellement le cas. Le projet de ville privée Kaec a trouvé un écho surprenant : Mark Zuckerberg prévoit de construire une ville privée modèle en totale autonomie, et ce pour les employés de Facebook : le projet Zee Town.

Les concepts de ville privée font évidemment penser aux Gated Communities (ou Résidence fermée), ces morceaux de tissu urbain en autogestion enclavés dans nos villes (par séparation physique), souvent aux hauts murs et à l’important service de sécurité présent aux abords. Ces zones peuvent être vulgairement qualifiées de « ghettos de riches » bien que ce ne soit pas toujours ces classes de population qui se marginalisent. Quelques exemples de résidences fermées : Sanctuary Cove en Australie, Pondok Indah en Indonésie, Mont-Royal au Canada, ou encore la Villa Montmorency en France (Paris). On pourrait également penser aux Common Interest Developments, concept de ville mêlant propriété individuelle et propriété commune dans un développement de l’intérêt commun.

Ville privée = entreprise géante

Notre ville 100 % privée se nomme donc King Abdullah Economic City, créée ex nihilo au bord de la mer Rouge. Cette dernière demeure en développement depuis 2005. Il s’agit d’une entreprise à part entière cotée en bourse (à raison de 30 % des parts) née d’un partenariat entre le public (l’état saoudien) et privée, avec la collaboration d’Emaar Economic City (ECC), un groupe immobilier basé à Dubaï.

La planification de la ville a prévu une superficie de 180km2, sensiblement la même taille que la commune d’Aix en Provence. Pour l’instant, seuls 4000 habitants sont présents à la King Abdullah Economic City, donnant une impression de vide extrême, mais le but est d’en accueillir pas moins de 2 millions a l’horizon 2035. Pas de maire dans cette ville en développement, mais un PDG, celui d’Emaar Economic City : Fahd Al-Rasheed.

Pas de taxes à Kaec, ni pour les particuliers, ni pour les entreprises. Il existe cependant des frais de services intégralement mis en commun. Ces services, sous-traités à des entreprises par la ville, concernent l’eau, les loisirs, la collecte des ordures ou encore la sécurité.

Une nouvelle ère de l’espace urbain ?

« … des charters cities […] ou ces investisseurs, nationaux et étrangers, érigeront leurs usines et leurs ateliers, mais aussi les infrastructures, logements, commerces, écoles, cliniques et services nécessaires à une main-d’œuvre poussée là par le chômage. Étant entendu que cette enclave possédera ses propres lois, ses tribunaux, sa police, son gouvernement — et ne paiera pas d’impôts au pays d’accueil » expliquait Le Monde Diplomatique en juin 2011 à propos de trois villes privées en projet au Honduras.

Ces villes n’obéissant qu’aux lois du marché ne sont plus un fantasme, souvent nées d’une volonté de vivre dans de nouveaux cadres sécuritaires et épurés. L’État y perd son autorité et la population ne vote pas puisqu’elle résidera dans ces villes de son plein gré.

Il n’est pas évident de dire si ces nouveaux modèles urbains seront un succès, mais l’exemple le plus avancé, à savoir la ville de Lavasa, en Inde, suscite divers questionnements. En effet, cette ville privée à tous les niveaux compte plus d’investisseurs que de particuliers, posant cette question : la ville privée est-elle plus un lieu spéculatif qu’un réel lieu d’habitat ?

Sources : UrbaNewsLes ÉchosLe Monde DiplomatiqueLes Inrocks