Afrique Subsaharienne : Quand l’aide étrangère fait plus de mal que de bien

Apporter notre aide aux pays en voie de développement, et plus particulièrement aux pays d’Afrique subsaharienne – de diverses façons, sociale, économique, humanitaire – est notre priorité depuis l’ère post-indépendante des années 1960. Les ONG, par centaines de milliers, font leur possible pour rendre le monde meilleur, luttant contre des maladies terribles, distribuant eau et nourriture, fournissant des enseignants, et la liste est encore longue.

Les organisations humanitaires sont régies par un impératif moral manifeste de s’impliquer dans des situations de crise telles que le Tsunami ou Haïti. Si ce genre d’aide est efficace pour réduire les souffrances immédiates, elle n’est pourtant pas la solution à long terme, et n’aide pas à mettre en place un programme stable dans ces pays pour un développement sur le long terme. Cela a peut-être été un succès avec le Plan Marshall à la fin des années 1940, mais les efforts étrangers plus récents se sont avérés des obstacles au développement là où celui-ci est indispensable, alors que l’investissement financier est nettement supérieur à l’argent qui était nécessaire à la reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, des gouvernements plus riches sont évalués en fonction, et des figures célèbres n’arrêtent pas de mener des campagnes en sa faveur, mais l’aide étrangère ne semble pas montrer de progrès conséquent quant à la réduction de la pauvreté dans les pays d’Afrique, et plus précisément en Afrique subsaharienne, foyer de la plus grande portion au monde du « bottom billion » en situation d’extrême pauvreté. Depuis les années 1950, le développement économique traditionnel a été dominé par l’idée que des dons importants sont la solution face au fossé économique présent dans les pays en voie de développement. Toutefois, des preuves indiquent que les flux importants d’aide étrangère s’avèrent finalement faire plus de mal que de bien. Une analyse faite de la croissance économique des dernières décennies en Asie, qui a reçu peu d’aide étrangère en comparaison avec l’Afrique, est un premier argument convaincant. Des rapports de la Banque mondiale indiquent que sur les 700 millions de personnes étant sorties de la pauvreté entre 1981 et 2010, 627 millions provenaient de Chine, soit 89,6 %, ce qui nous laisse 73 millions dans le reste du monde. Le message est clair : l’aide étrangère n’est pas la bonne réponse.

L’idée que l’aide étrangère était le meilleur moyen d’aller de l’avant concernant l’élimination de l’extrême pauvreté était répandue. Mais depuis les années 2000 la théorie du « big push » a fait l’objet de débats enflammés mettant en évidence les conséquences négatives que l’aide semble avoir eu sur les pays en voie de développement, empirant leur situation. Voici pourquoi et comment des changements peuvent être effectués afin d’observer de réels progrès.

Zoom sur l’Afrique subsaharienne. On entend parler de tous ces efforts, mais quand on jette un œil aux statistiques des budgets de l’aide étrangère au Tchad, en Angola ou au Nigeria, le niveau de progrès semble soudainement très faible en comparaison aux énormes sommes reçues. Le continent tout entier reçoit environ 50 milliards de dollars d’assistance internationale par an. Cependant, malgré l’amélioration des conditions de vie des 600 millions de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté, cette aide enrichit les riches, appauvrit les pauvres, entrave la croissance économique dans cette région, et cela va sans dire, alimente le cercle vicieux de la corruption.

L’Aide Publique au Développement (APD) est l’agence officielle des finances distribuées aux différents pays en voie de développement dans le but de promouvoir le développement économique et le système de protection sociale dans ces pays. Les aides financières qui abonde vers l’Afrique ne proviennent pas uniquement de programmes d’aide individuels de gouvernement à gouvernement, mais aussi des programmes internationaux de développement tels que la Banque mondiale et le FMI. Ces derniers agissent comme des chaînes de financement intermédiaires entre les gouvernements donateurs et receveurs.

DES GROUPES PUISSANTS MAIS DES INSTITUTIONS FAIBLES

L’aide renforce la corruption dans les pays où celle-ci est déjà bien répandue. C’est malheureusement le cas pour beaucoup des pays d’Afrique subsaharienne. Les plus gros destinataires de ces aides se situent en Afrique subsaharienne, qui se trouve être la région du monde la moins bien classée selon de nombreux critères de gouvernance, et particulièrement en termes de corruption, d’après l’ONG Transparency International. Cela démontre que l’aide étrangère ne fait que renforcer la quantité des ressources à disposition des élites locales déjà corrompues, et donc renforce ou maintient l’équilibre du pouvoir aux mains de l’exécutif du gouvernement. Il existe une corrélation claire entre l’augmentation de l’aide et la montée statistiquement conséquente de la corruption.

L’argent n’est pas réparti équitablement parmi les populations, ou utilisé pour promouvoir la croissance ainsi qu’aider les plus pauvres. Il est en revanche dépensé en équipement militaire, en projets dits « éléphants blancs », en acquisitions malhonnêtes. L’argent est également utilisé par les dirigeants qui se retrouvent à court de temps pour certaines politiques et qui veulent les mettre en place rapidement. Par exemple en augmentant la taille du gouvernement avec de nouveaux fonctionnaires, qui ne contribuent pas nécessairement au système ou au développement du pays, pour réduire le taux de chômage.

Une autre conséquence est la dépendance à l’aide. Ces pays se sont habitués à recevoir des sommes d’argent telles qu’ils ne font pas la promotion des commerces locaux, puisqu’ils ont à la place de l’argent « gratuit » à disposition. Cela empêche donc toute forme d’amélioration en termes de développement humain et de revenu per capita.

ALORS, POURQUOI CONTINUONS-NOUS À DONNER ?

En fin de compte, l’aide fait de nos politiciens des hommes ayant l’air de se soucier des autres. Les intérêts politiques et stratégiques des donateurs, plus que des inquiétudes quant à la gouvernance des nations destinataires, dictent le processus de dons. Par cela, on perçoit les pays d’Afrique comme des civilisations sans défense dirigées par des élites cleptomanes corrompues. L’histoire coloniale joue aussi un rôle conséquent dans le processus d’aide étrangère. La France a tendance à donner beaucoup à ses anciennes colonies en raison de son sentiment de culpabilité envers son passé.

L’Australie et les pays nordiques en revanche ont tendance à faire une sélection, ou plutôt, contrairement à la France et au Royaume Uni, « peuvent » choisir de donner seulement aux pays les moins corrompus, car ils n’ont pas d’héritage colonial et sont donc libres de toute pression politique. Vous souvenez-vous quand la CEE (aujourd’hui UE) avait discriminé les dictatures espagnole, grècque et portugaise avant leurs intégrations, leur permettant d’entrer dans l’Union seulement une fois qu’ils se seraient démocratisés ? Et bien peut-être que le FMI et la Banque mondiale devraient faire de même, car pour le moment ils ne font aucune distinction en défaveur des destinataires corrompus, financièrement parlant.

LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE DE LA RÉGION PEUT-ELLE ÊTRE RAMENÉE DANS LA BONNE DIRECTION ?

Si l’aide étrangère ne fonctionne pas alors elle doit être restructurée ; si les acteurs mondiaux ne peuvent pas aider alors ils doivent au moins éviter de faire empirer la situation. De nouvelles politiques et incitations peuvent être combinées afin de mener au progrès plutôt qu’à l’échec. L’aide devrait être convertie en commerce. Les capacités des citoyens du continent africain devraient être éveillées afin qu’ils deviennent eux-mêmes créateurs de richesse et entrepreneurs, et puissent alors vivre de leurs activités.

Pour les pays en voie de développement, une politique de gestion économique rigoureuse, complète et décente vaudrait mieux qu’une aide financière étrangère. Des institutions stables et fortes peuvent éviter que l’aide devienne un fléau. Il faudrait renforcer une assistance visant à améliorer la gouvernance avant d’apporter une assistance financière, car sans un gouvernement fort, l’assistance financière n’aura pas l’effet désiré.

JULIETTE LYONS, TRADUIT PAR AMÉLIE RASTOIN

Cet article a été publié  en partenariat avec le Journal International